Bacome Niamba; « Le corps se souvient de tout. Ma danse est une mémoire debout. »

9 mois

Danseuse, comédienne, professeure, chercheuse : Bacome Niamba est une femme d’arts et de luttes. En juillet 2025, elle a obtenu 17/20 pour son mémoire sur le Tématé, danse sacrée du peuple Wê.

Rencontre avec une artiste pour qui danser, c’est résister, transmettre et guérir.

POUVOIRS MAGAZINE : Bacome, félicitations pour votre mémoire de Master sur le Tématé. Que représente cette reconnaissance pour vous ?
Bacome Niamba :
Merci. Ce 17/20, ce n’est pas juste une note. C’est la reconnaissance d’un combat intime. C’est la validation d’une danse, d’un peuple, d’un héritage. J’ai dansé sur les scènes, dans les rues, dans les champs… mais là, j’ai dansé dans une salle académique. Et j’y ai mis mon histoire, mon corps, ma vérité. Ce jour-là, la voix de mes ancêtres a été entendue.

POUVOIRS MAGAZINE : Votre parcours est tout sauf linéaire. Déscolarisation, nounou, puis retour aux études. Qu’est-ce qui vous a tenue debout ?
Bacome Niamba :
Le mouvement. J’ai compris très tôt que si tu ne bouges pas, tu t’effaces. Même en étant nounou, je dansais en moi. Le Village Kiyi m’a formée, la Compagnie TchéTché m’a révélée, et l’INSAAC m’a offert les mots pour parler de ce que je danse. Ce parcours est une traversée. Mon corps en porte chaque étape.

POUVOIRS MAGAZINE : Pourquoi avoir choisi le Tématé comme sujet de mémoire ?


Bacome Niamba :
Parce que le Tématé, c’est l’âme du peuple Wê. C’est une danse de terre, d’équilibre, de spiritualité. Elle est menacée aujourd’hui. J’ai voulu lui redonner sa force. Ce mémoire est un acte de sauvegarde. Il dit : “n’oubliez pas ce que vos pieds savent encore faire.”

POUVOIRS MAGAZINE : Le Tématé ne se danse donc pas seulement avec les pieds ?
Bacome Niamba :
Oh non ! Il se danse avec l’âme, le ventre, les silences. Le Tématé est une transe maîtrisée, une énergie collective. Ce n’est pas un spectacle. C’est une communion. Il faut s’y engager avec respect, avec foi.

POUVOIRS MAGAZINE : Massidi Adiatou était présent lors de votre soutenance. Quelle importance cela a-t-il eu pour vous ?
Bacome Niamba :
Massidi, c’est mon frère de scène et d’âme. Il m’a vue me construire. Sa présence était comme un sceau silencieux. Il savait que ce moment n’était pas que pour moi, mais pour toutes celles qui ont dansé sans jamais être écoutées.

POUVOIRS MAGAZINE : Vous êtes aussi actrice. En quoi le théâtre nourrit-il votre démarche chorégraphique ?
Bacome Niamba :
Le théâtre me donne les mots, la danse me donne le souffle. Ensemble, ils racontent ce que je suis. Je n’interprète pas un rôle : je le traverse. Mon corps est mon texte. Mon émotion est ma mise en scène.

POUVOIRS MAGAZINE : Que souhaitez-vous que votre mémoire inspire ?


Bacome Niamba :
Je veux qu’on comprenne que les danses traditionnelles ne sont pas que folkloriques. Elles sont thérapeutiques, éducatives, sociales. J’espère que ce mémoire deviendra une ressource pour les jeunes chorégraphes, les chercheurs, les écoles, et qu’on réintégrera ces danses dans nos pratiques citoyennes.

POUVOIRS MAGAZINE : Un message à ceux qui, comme vous, reprennent leurs études à l’âge adulte ?
Bacome Niamba :
Oui : avancez. Même à petits pas. Même les genoux tremblants. Reprendre ses études, c’est honorer sa lumière. À 42 ans, j’ai repris le bac. Et j’ai continué. Car l’âge ne fatigue pas l’âme. Le corps se souvient, même quand la tête doute. Et tant que vous respirez, vous pouvez recommencer.

photo: POUVOIRS MAGAZINE

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