Une série de performances abstraites, embarquant les particularités de l’espace, a parcouru le samedi 31 janvier 2026 le village d’Adjahui Coubé. Marquant la restitution de fin des travaux du Laboratoire Broukabrou Relâche, débutés le 10 janvier sur le territoire de la presqu’île.
Des spectacles performatifs déambulatoires, présentés le 31 janvier dans les ruelles d’Adjahui Coubé, ont fortement marqué artistiquement le territoire local.
En contextualisant l’environnement hypertrophié et inorganique du village, le projet de Léonce Noah « Gbô la légende » affirme une empreinte territoriale assumée.
Ce qui légitime du coup sa démarche entreprise dans cette presqu’île. Tout en lui ouvrant le champ à de futures expérimentations dans le genre.
En prenant pied cette année dans ce village-presqu’île à l’univers social et environnemental profondément cabossé, le Laboratoire visait une implantation durable sur ce territoire.
Au-delà de cette installation, l’objectif était de puiser dans les innombrables ressources d’Adjahui Coubé. Afin de nourrir la recherche et la création d’un travail résolument engagé.
Une démarche artistique très originale qui interroge les influences entre le politique et le social. Et aussi les dynamiques urbaines africaines, leurs identités sociologiques et culturelles. Le tout dans le creuset de la création contemporaine universelle.
Durant la quinzaine de jours d’activités dans l’espace d’Adjahui Coubé, les douze apprenants ont approfondi leurs connaissances.
Celles de la pratique du Broukabrou Relâche. Lequel leur offre, sur l’échiquier des écritures chorégraphiques multiples de la scène artistique locale, un nouveau champ d’expression.
Les jeunes gens (filles et garçons interprètes) ont démontré une écoute. Puis une attention soutenues aux explications du chorégraphe en chef du Laboratoire. Doctorant en recherche-création à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3.
Le chorégraphe a exigé de chaque stagiaire un regard critique sur l’espace environnant.
Ce regard devait nourrir l’idée de la performance à construire collectivement.
Passé par le Centre Donko Seko de Bamako, il a insisté sur la délicatesse nécessaire à traduire le ressenti face à l’environnement perçu.
Langage courant de la jeunesse, le nouchi — et c’est à souligner — est dans la pratique du Labora (diminutif du Laboratoire Broukabrou Relâche) un matériau par excellence. Matériau pour formaliser son écriture et affiner son récit.
Quant aux gestes et aux mouvements, matières premières de la création, l’expérience a été de s’affranchir du conventionnel. En les déconstruisant, de sorte à inventer de nouveaux agencements.
En pratique, cette faculté appelle à de l’hybridité quand l’interprète articule l’occupation spatiale par des improvisations que le vocabulaire nouchi accompagne. La performance revêt alors une autonomie créatrice suggérant une forte « indisciplinarité ».
De l’art à là
Une expression nouchi bien populaire à Abidjan dit « de là à là » pour signifier la spontanéité d’une action. Son exécution instantanée, propre et surtout efficace. On pourrait métaphoriquement utiliser le néologisme « de l’art à là » pour illustrer l’esprit de la performance dans lequel sont formatés les stagiaires du Laboratoire Broukabrou Relâche.
Chacun d’eux a élaboré sa recherche durant les jours de cours, entre théorie et exercices appliqués, dans un espace qu’il a déterminé. À ce niveau, le travail effectué par la scénographe Emma Thierry a été remarquable. Quant à l’occupation scénographique des espaces choisis.
Avec de tels ingrédients de recherche élaborés à corps et à cris dans ce labo-sur-plage lagunaire deux semaines durant, la restitution in situ était attendue avec intérêt. Résultat : rien, dans la représentation collective livrée, n’avait de quoi décevoir.
La mise en scène s’est étalée d’un bout à l’autre de l’artère principale du village. Distante d’au moins un kilomètre, la superficie performative a vu s’enchaîner douze pièces réparties en des endroits spécifiques de ce champ sablonneux. Au milieu de l’agitation populaire, tout près des habitants intégrés comme acteurs des happenings.
Ont-ils pu ou su se reconnaître dans les trames performatives déroulant leurs problématiques quotidiennes. L’insalubrité de l’eau du puits, la précarité énergétique, le seuil critique de pollution plastique dans lequel ils baignent. La cherté du logement, la jeunesse et ses vices, ses détresses, ses stress ?
Une chose est certaine? ce vagabondage artistique, à travers ses propos subtils mis en situation à des endroits clés, a visiblement intrigué les spectateurs.
HARDING M’BRA
photos: dr
POUVOIRS MAGAZINE

