La bonne mauvaise foi de Blé Goudé 

7 mois

À mesure que se précise l’horizon politique de 2025, des figures de l’opposition adoptent des postures qui, volontairement ou par calcul personnel, convergent avec les intérêts du pouvoir.

En prenant position sur la question du quatrième mandat ou en fracturant davantage le camp de l’alternance, certains offrent, consciemment ou non, un boulevard au RHDP. Décryptage.
La mécanique du pouvoir est parfois moins complexe que celle des oppositions. À l’approche de la présidentielle de 2025, le débat sur un éventuel quatrième mandat du président Ouattara revient dans l’espace public, attisé non pas tant par les cadres du RHDP que par… certains acteurs de l’opposition. Curieusement, des voix prétendument critiques s’alignent sur l’argumentaire juridique du régime en place, affaiblissant ainsi leur propre camp. Une dynamique troublante, révélatrice d’alliances de circonstance, de calculs personnels ou d’ambitions contrariées.
Parmi les premiers à reprendre cette ligne de défense du quatrième mandat, Jean-Louis Billon et Charles Blé Goudé.
Tous deux, à des tribunes différentes, estiment qu’il n’y a plus lieu d’ouvrir le débat sur la légalité d’une nouvelle candidature d’Alassane Ouattara. Leur argument ? Le “troisième mandat” de 2020 serait en réalité le premier d’un nouveau cycle constitutionnel, autorisant de facto un quatrième mandat, qui ne serait que le deuxième de cette nouvelle ère.
Ce raisonnement, calqué sur celui servi par le RHDP en 2020, repose sur une lecture discutable de la Constitution. En effet, s’il est juridiquement admis qu’un changement de Constitution peut « remettre les compteurs à zéro », le débat demeure éminemment politique.
Peut-on sérieusement parler de renouveau démocratique quand le changement constitutionnel est piloté par l’exécutif sortant et lui bénéficie directement ?
Peut-on s’accommoder d’un tel précédent en Afrique de l’Ouest, après les dérives connues ailleurs ? En banalisant cette lecture opportuniste, Billon, Blé Goudé — et dans une certaine mesure, Assalé Tiémoko — offrent une légitimation indirecte à une pratique qui vide la démocratie de sa substance.

Mais le plus préoccupant réside dans les motivations profondes de ces prises de position.

Jean-Louis Billon, membre du PDCI, donne l’impression d’être plus préoccupé par sa rivalité personnelle avec Tidjane Thiam que par la consolidation de l’opposition. Hostile au leadership de Thiam, qui s’impose comme un adversaire crédible face au RHDP, il s’enferre dans une logique d’adversité interne. Ainsi, par une mécanique bien connue — « l’ennemi de mon ennemi devient mon ami » — il en vient à épouser les intérêts du pouvoir, tout en se croyant loyal à sa propre famille politique.
Blé Goudé, lui, semble naviguer dans un brouillard plus trouble encore. Officiellement proche de Laurent Gbagbo, qu’il appelle « son père politique », il n’en finit pas de contredire, de relativiser, voire de décrédibiliser les prises de position de ce dernier. En s’érigeant systématiquement en contre-voix, il affaiblit non seulement le camp de gauche, mais se positionne comme le seul opposant à… l’opposition elle-même. Pourquoi ce paradoxe ? Parce que, au fond, Blé Goudé ne veut pas affronter Gbagbo ; il préfère l’affaiblir, lentement, en l’empêchant de faire bloc. Ce faisant, il sert, de fait, la stratégie du pouvoir : diviser pour régner.
Ce qui se joue ici dépasse les querelles d’ego. À force de luttes intestines, de calculs personnels et de revanches mal digérées, l’opposition ivoirienne court le risque de se saborder elle-même. Alors que le RHDP avance, organisé, stratégique, méthodique, les oppositions s’éparpillent, s’auto-fragilisent et font, à leur insu ou non, le lit d’un statu quo dont ils prétendent vouloir sortir.
À moins qu’il n’y a qu’une et vraie opposition, c’est-à-dire celle qui veut changer l’ensemble du système politique et son fonctionnement qui montrent, à chaque échéance électorale, des signes évidents de désuétude. Et une opposition factice, savoir une opposition opposée à l’opposition, celle de KKB qui a vraisemblablement fait des émules générationnels
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

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