Dans un entretien accordé à Alain Foka, l’ancien patron du Crédit Suisse et président du parti PPA-CI, Tidjane Thiam revient sur sa situation administrative et politique vis-à-vis de la Côte d’Ivoire.
Entre absence de certificat de nationalité, menaces présumées, et mise à l’écart politique, il dénonce une stratégie visant à l’exclure illégalement du jeu démocratique. Propos recueillis par Alain Foka et retranscrits par Marie Gnialet pour Pouvoirs Magazine.
« Je suis actuellement à l’étranger, et je n’ai toujours pas reçu mon certificat de nationalité ivoirienne. On m’explique que ma nationalité serait « en sommeil », un concept totalement inconnu des juristes.
Je suis en France parce que j’attends un minimum de garanties pour pouvoir exercer mon rôle de président de parti en toute sérénité. Mon frère Augustin, membre du RHDP, a eu un entretien avec une autorité ivoirienne qui lui a clairement dit : “Si ton frère met le pied en Côte d’Ivoire, il sera arrêté. Je l’arrête immédiatement.”
On me reproche une prétendue implication dans le Conseil national de transition (CNT) en 2020. Pourtant, je m’y suis opposé par écrit, dans un communiqué toujours consultable en ligne, dans lequel je rappelais qu’il fallait rester dans la légalité. C’est une déclaration officielle. Et malgré cela, il semblerait qu’on veuille tout de même m’interroger sur le rôle que j’aurais joué depuis Paris, alors que je ne suis pas retourné en Côte d’Ivoire depuis vingt ans.
On invente aujourd’hui n’importe quel prétexte pour m’écarter. J’ai également évoqué des menaces physiques émanant de voix autorisées. C’est une situation anormale, indigne d’un État de droit, car je suis un citoyen ivoirien. Je n’ai jamais commis de crime de ma vie.
Je ne connais pas le Code de la nationalité ivoirienne par cœur, mais chaque fois que j’ai demandé à des juristes ou journalistes s’ils connaissaient l’article 48, personne n’a jamais levé la main.
Une équipe de dix juristes a été mobilisée pour fouiller le droit ivoirien à la recherche d’un moyen de m’éliminer politiquement. »
propos recueillis par ALAIN FOKA
Retranscrits par MARIE GNIALET
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

