Fondateur des Éditions GAD, Commissaire général du Salon international du livre d’Abidjan (SILA), et représentant de la Côte d’Ivoire à la Table ronde des éditeurs à Alger, septembre 2025.
Monsieur N’Dakpri, quel bilan personnel tirez-vous de cette Table ronde des éditeurs à Alger ?
Je repars d’Alger avec un sentiment de grande responsabilité mais aussi d’espoir renouvelé. Cette table ronde a permis de mettre en lumière des défis que nous connaissions tous, mais surtout de formuler ensemble des solutions concrètes, dans un esprit panafricain. J’ai été très touché par la qualité des échanges, la diversité des points de vue, et la volonté commune d’agir.
Vous estimiez récemment au Sila en Côte d’Ivoire que les acteurs du monde de l’Edition en particulier et du livre en général en Afrique méritaient gratitude ?
Oui et la preuve est de nouveau faite ici à Alger où cette rencontre a tenu toutes ses promesse grâce à des échanges de qualité.

Y a t-il des noms particuliers?
Non tout le monde s’est impliqué et cela depuis un moment ce petit monde tente de faire bouger les lignes; Sans vraiment faire de jaloux; Je tiens à réitérer ici ma profonde reconnaissance à deux hommes d’engagement et de vision :
Lawrence Njagi, Président de l’APNET, est un bâtisseur. Son leadership nous montre la voie d’un réseau panafricain solide et structurant pour l’édition. J’associe le Directeur Éxecutif, Ernest Oppong que je remercie également pour sa disponibilité.
Mohanad El Djahmani, Président de l’ONEL et son Bureau Exécutif ont joué un rôle essentiel dans l’accueil de cette initiative en Algérie, avec une générosité et un sens du devoir remarquables.
Ces deux personnalités, bien que de pays différents, incarnent le même idéal : celui d’un continent qui croit en son intelligence et en sa culture. Leur implication dans l’organisation, leur disponibilité et leur rigueur ont largement contribué au succès de cette rencontre.
Selon vous, quel est le rôle d’une telle initiative pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest ?
Pour la Côte d’Ivoire, cette table ronde nous rappelle une chose essentielle : l’avenir du livre africain doit se jouer à l’échelle du continent, mais avec des ancrages nationaux forts. Nos politiques du livre doivent intégrer la dimension linguistique, économique et éducative. C’est aussi un levier pour renforcer le tissu éditorial local, notamment dans les régions et auprès des jeunes éditeurs.
Que faire concrètement pour relancer l’édition en langues africaines ?

Mohanad El Djahmani, Président de l’ONEL
Cela passe d’abord par un engagement des États, sans équivoque, à intégrer les langues africaines dans les systèmes éducatifs dès le plus jeune âge. Mais cela passe aussi par la structuration d’un marché du livre local : sans lecteurs, il n’y a pas d’éditeurs. Il faut subventionner la production, assurer la distribution, et donner de la visibilité à ces livres dans les bibliothèques, les salons, et les plateformes numériques.
Quel partenariat public-privé proposez-vous pour cela ?
Je milite pour une alliance stratégique entre les éditeurs, les ministères de l’Éducation, les institutions culturelles et les collectivités locales. Le secteur privé peut innover, produire et distribuer. Le public, lui, doit garantir un cadre normatif, financier et institutionnel. Il faut qu’on sorte du rapport de dépendance pour aller vers une coresponsabilité.
Quelle suite donner aux recommandations de cette table ronde ?
Il est impératif que le rapport final soit non seulement diffusé largement, mais aussi pris en compte dans les politiques publiques. Pour cela, nous devons nous appuyer sur les réseaux comme l’APNET, l’ONEL, le SILA, et les unions nationales. En Côte d’Ivoire, je m’engage personnellement à porter ces recommandations auprès des autorités compétentes.
Un mot pour conclure ?
Oui, un mot : unité. Ce que j’ai vu à Alger, c’est un continent capable de réfléchir ensemble, sans complexe, sans hiérarchie, sans cloison. Que chacun apporte sa pierre à cet édifice commun qu’est la culture africaine. Encore une fois, merci à Lawrence Njagi, merci à Mohanad El Djahmani, et merci à tous les collègues éditeurs présents. L’Afrique du livre est en marche.
Interview réalisée par
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

