À Guiglo, Charles Blé Goudé exhorte les survivants du Grand Ouest à transformer leurs souffrances en levier de réconciliation nationale. Mais derrière les discours de paix, les blessures saignent encore.
Entre mémoire, foncier et vérité tue, le pardon suffira-t-il ?
Le Forum du Grand Ouest a vibré sous le poids de la mémoire collective et des appels poignants à la paix durable.
Après un film bouleversant sur les atrocités passées, des leaders religieux ont symboliquement conjuré les démons du passé sanglant.
Les survivants ont revécu l’horreur dans le silence, les larmes et l’espoir que le cauchemar ne recommence jamais plus.
Charles Blé Goudé, fils de la région, s’est exprimé avec gravité, mêlant émotion, lucidité politique et appel au pardon.
« Les larmes de cette région doivent cimenter la paix en Côte d’Ivoire », a-t-il lancé, regard tourné vers l’avenir.
Il a salué l’initiative d’Anne Ouloto, sans oublier d’évoquer la souffrance du peuple du Cavally, longtemps laissé pour compte.
Son message était clair : la réconciliation ne peut ignorer les douleurs profondes encore visibles sur les visages et les terres.
Comparant la Côte d’Ivoire aux États-Unis d’après-guerre, il a invité à transformer la douleur en force pour reconstruire ensemble.
Avec une image saisissante, il a rappelé 2011 : « Le crapaud ne distingue l’eau chaude que quand il souffre. »
Selon lui, la vraie paix viendra lorsque nous aurons compris les raisons réelles qui ont fait exploser notre tissu social.
Anne Ouloto, en écho, a rappelé le traumatisme de Toulepleu en 2012, vidée de ses habitants, abandonnée à elle-même.
Elle a partagé la promesse du Président Ouattara, qui lui avait confié : « Ramène mes enfants, coûte que coûte. »
Le retour de Marcel Gossio en 2014 symbolisait un pas vers la décrispation, mais la route reste longue et semée d’obstacles.
Elle a insisté sur un point crucial : sans résolution de la question foncière, aucune paix ne pourra réellement s’installer durablement.
Elle a appelé les chefs traditionnels à guider les populations vers la régularisation, avec l’aide de l’AFOR, pour sécuriser l’avenir.
Le foncier demeure le cœur des conflits locaux ; il faut prévenir avant que les plaies ne se rouvrent, souvent dans le sang.
Le Forum a montré un peuple prêt à se souvenir pour guérir, mais exigeant aussi justice, équité et dignité retrouvée.
Les mots ne suffiront pas : les actes concrets, les réparations et la reconnaissance des torts seuls cimenteront une paix réelle.
Tant que les larmes ne deviennent pas des lois justes et appliquées, elles risquent de se transformer en rage muette.
Guiglo pleure encore, mais Guiglo parle. Et dans cette parole fragile se niche peut-être la dernière chance d’une Côte d’Ivoire unie.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

