Portrait. Niamba Bacome, son corps comme cri

7 mois

Danseuse, comédienne, chercheuse, survivante d’un cancer, Niamba Bacome incarne la résistance par l’art. À 50 ans, cette femme debout fait de son corps un livre, de chaque geste une parole.

Son parcours éclaire une autre façon de dire l’Afrique : enracinée, indocile, lumineuse.

Elle est née en octobre 1974, entre cri du monde et silence des racines, un jour où la terre avait besoin d’âme.

À seize ans, l’école la perd. Mais son corps, lui, reste debout. Elle danse dans l’ombre, dans les marges oubliées.

Niamba Bacome est un chant, une sueur, une lueur. Elle a traversé les déserts sans carte, mais avec des pieds sacrés.

Comédienne, chanteuse, professeure, elle ne joue pas : elle vit, elle vibre, elle incendie les planches par sa simple présence.

Son parcours claque comme un tambour Wê. Elle tombe, elle revient. Elle perd, elle gagne. Mais toujours, elle danse.

Elle a vaincu le cancer. Oui. Elle a dansé entre deux chimios. Elle a dit au mal : tu n’éteindras pas mon feu.

C’est dans le Tématé, danse de ses ancêtres, qu’elle plante ses racines. Une mémoire collective, une transe, une prière.

« Ce n’est pas un folklore, dit-elle. C’est une science du corps. Un alphabet invisible. Une médecine ancestrale. »

Elle a appris au Village Kiyi. S’est révélée chez TchéTché. Elle a grandi avec les maîtres, les sœurs, les ombres.

En Afrique du Sud, elle chorégraphie le Mapouka. Elle réinvente les gestes bannis. Elle redonne aux reins leur dignité.

En 2025, à l’INSAAC, elle soutient un mémoire qui fait trembler les murs. 17/20. Mais ce n’est pas une note. C’est un cri.

Devant un jury bouleversé, elle danse sa pensée. Massidi Adiatou est là. Frère de scène. De cœur. Frère d’histoire.

Elle est la première femme à théoriser le Tématé dans une université ivoirienne. Un tournant. Une page nouvelle s’écrit.

Elle rappelle que la danse n’est pas qu’un art. C’est un manifeste. Une résistance. Un outil de paix et de réconciliation.

Niamba Bacome danse pour celles qui ont été réduites au silence. Elle fait parler leurs ventres, leurs pieds, leurs mémoires.

Elle danse pour la Côte d’Ivoire. Pour le peuple Wê. L’Afrique. Pour les générations futures. Pour l’invisible.

À 42 ans, elle a repris ses études. A passé son bac. A cru, contre tous, que l’âge ne freine pas la lumière.

« Le corps se souvient même quand la tête doute », dit-elle.

Et le sien se souvient de tout. Il n’oublie rien. Il témoigne:

En juillet 2020, à 46 ans, Niamba Bacome découvre une boule suspecte sur son sein.

Le diagnostic est sans appel : cancer. Épuisée par les obsèques de son père, elle retarde les traitements, puis affronte une chimiothérapie douloureuse qui l’affaiblit physiquement et moralement. En détresse, elle trouve refuge à Dabou, s’éloigne d’Abidjan et s’ancre dans la prière, guidée par un pasteur. Sa foi devient son remède, son souffle. Un an plus tard, malgré une amélioration, elle refuse de reprendre la chimiothérapie. Bacome, aujourd’hui survivante, invite les femmes à se faire dépister tôt, à écouter les médecins… mais aussi à croire que la guérison passe parfois par la paix intérieure.

Bacome ne cherche pas à plaire. Elle cherche à éveiller. Sa danse n’est pas ornement. C’est une alerte. Une offrande. Un refus.

Niamba Bacome ne fait pas que danser. Elle sauve. Un geste à la fois. Un mot du ventre. Une mémoire à bout de souffle.

Elle est celle qui dit : on peut recommencer, même les genoux tremblants. Même à l’aube de sa vie. Même après la tempête.

Sa vie est un solo contre l’oubli. Un cri contre l’uniformité. Une pluie sur le feu de l’effacement.

Si un jour, il faut écrire l’histoire de la danse africaine, elle commencera peut-être par son prénom : Bacome.

Et son corps, droit, fort, flamboyant, portera toujours ce message : tant qu’on respire, on danse.

AK

photo:dr

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