Bacome Niamba : 17/20 pour son master de recherche sur le Tématé

8 mois

Professeur de danse à l’Insaac de Cocody, artiste accomplie, elle a un parcours qui ne se conte pas, mais se danse.

Juillet 2025, dans l’enceinte de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC), Niamba Bacome a inscrit son nom. Non seulement dans les annales académiques, mais dans l’histoire vivante de la danse ivoirienne. Elle y a défendu avec éclat son mémoire de master en danse et chorégraphie. Un travail puissant et sensible qui lui a valu la note de 17/20. Une reconnaissance méritée pour une femme qui incarne la force de la persévérance, la beauté du geste et la profondeur de la pensée.

La salle était remplie de souffle, de regards admiratifs, de silences chargés d’émotion. Parmi eux, Massidi Adiatou, son ami, frère d’âme et compagnon de route artistique, était là. Présent, attentif, ému. Le chorégraphe de renom, cofondateur de la compagnie N’Soleh, n’a pas manqué ce moment rare. Moment où le corps d’une femme, jadis silencieuse, prenait toute sa place dans le langage académique et patrimonial.

Car oui, Niamba Bacome n’a pas suivi un parcours linéaire. Déscolarisée en classe de 4e, elle aurait pu s’arrêter là. Mais sa vie, c’est le mouvement, la lumière, la sueur des répétitions, le feu sacré des planches. Nounou par nécessité, elle a peu à peu repris sa liberté en s’immergeant dans le monde du spectacle vivant. Elle est passée par le village Kiyi, où l’esprit du maître Werewere-Liking l’a éveillée à une discipline rigoureuse. Puis elle a rejoint la compagnie TchéTché, dirigée par Béatrice Kombé, où la femme, le corps, le cri, la tradition et la modernité dialoguent intensément.

Ensuite, son chemin l’a menée jusqu’en Afrique du Sud, avec le Mapouka, qu’elle a  chorégraphié, vécu, transmis.

Mais c’est avec le Tématé, danse sacrée du peuple Wê, née en 1951 dans la région de Facobly, que Bacome a décidé de poser sa réflexion. Dans son mémoire intitulé « L’épanouissement moral et physique à travers la danse et la chorégraphie du Tématé », elle interroge l’impact de cette danse sur l’identité, le bien-être, la spiritualité et la cohésion sociale. Plus qu’un travail académique, c’est un acte de transmission. Un cri d’alerte pour sauvegarder un art qui tend à disparaître, une offrande aux générations futures.

Sous la direction du Maître de Conférence Jean-Pierre Adigran. Et devant un jury présidé par M. Camille Abolou, directeur du Centre de Recherche Artistique et Culturel. Avec la présence du Dr Yokoré, disciple du regretté Zadi Zaourou, Bacome a défendu non seulement un texte, mais une vision. Une vision où la danse redevient un langage sacré, un outil d’éducation, de régénération et d’unité.

La danse Tématé, qui jadis célébrait les génies de la terre lors des semences, est aujourd’hui menacée d’oubli. Pourtant, elle est source de joie, d’identité et de rayonnement pour le peuple Wê. Par ses recherches, Bacome démontre que le Tématé ne se danse pas seulement avec le corps. Mais avec l’âme. Il incarne l’équilibre entre le visible et l’invisible, le profane et le sacré, le féminin et le collectif.

Sa présence dans ce cursus de Master – et sa brillante réussite – marquent un événement historique. Elle est la première femme à produire un mémoire de recherche en danse sur cette thématique au sein de l’INSAAC. Ce travail devient ainsi un socle théorique et pratique pour les futurs artistes, enseignants, chercheurs, et amoureux du patrimoine ivoirien.

Son parcours rappelle avec force que la vie ne s’arrête jamais à un refus.

A un abandon ou une frontière sociale. À 42 ans, après avoir repris ses études, décroché son baccalauréat, elle a affronté les doutes. S’est tenue droite, ancrée, comme le roc que symbolise le mot « Tématé », devant ceux qui la regardaient. Et elle a dansé son savoir, elle a parlé sa passion.

Une femme debout, un art vivant, un patrimoine sauvé par le corps dansant

Ce mois de juillet 2025, la salle a applaudi longtemps, avec chaleur, avec respect, avec émotion. Massidi, les membres du jury, les collègues, les étudiants… tous ont compris que quelque chose d’important venait de se produire. Ce n’était pas qu’un diplôme. C’était un acte de reconnaissance, une victoire féminine et culturelle, une renaissance dansée.

Niamba Bacome, par ton courage, ton intelligence, ta fidélité au geste et au sol, tu ouvres une voie. Tu rappelles que tant qu’il y a le souffle, il y a mouvement. Et tant qu’il y a mouvement, il y a espoir.

ALEX KIPRE

photo:dr

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