« DEZ GAD, LE JAZZ AU BOUT DES DOIGTS » : LE LIVRE-HOMMAGE EST LÀ

2 semaines

Après une présentation confidentielle au SILA, la biographie consacrée à Dez Gad arrive enfin en librairie.

Un ouvrage de mémoire, de musique et de transmission signé Tiburce Koffi et Alex Kipré, publié par les Éditions Eburnie.

Il aura fallu attendre quelques mois pour que le livre consacré à Dez Gad trouve enfin son véritable public. Présenté en nombre très limité lors du Salon international du livre d’Abidjan, l’ouvrage avait rapidement suscité la curiosité des amoureux de jazz et des proches du guitariste.

Parmi eux, Mohamed Salamé, ami du musicien avait littéralement raflé une bonne partie des exemplaires disponibles.

Cette fois, le livre est là.

« Dez Gad, le jazz au bout des doigts », publié par les Éditions Eburnie, est bien davantage qu’une biographie. C’est une partition littéraire consacrée à un musicien dont le parcours appartient désormais au patrimoine du jazz ivoirien.

À la direction des Éditions Eburnie, Mme Amoikon Maria Agathe poursuit avec cet ouvrage une démarche qui lui est chère. préserver, documenter et transmettre les figures qui ont contribué à façonner notre patrimoine culturel.

Passionnée de musique, particulièrement attentive au patrimoine et mère d’un guitariste de jazz prometteur, elle inscrit naturellement cette publication dans une ligne éditoriale où la mémoire culturelle occupe une place centrale.

Pour raconter Dez Gad, deux plumes se sont accordées : Tiburce Koffi et Alex Kipré. Deux auteurs qui connaissent déjà intimement les univers musicaux et dont la bibliographie témoigne d’un intérêt constant pour les grandes voix et les grandes figures de la musique.

Ils avaient notamment signé, chez le même éditeur, « Alpha Blondy et la galaxie reggae », ouvrage consacré à l’univers musical de la légende ivoirienne.

Avec Dez Gad, ils changent de tempo, mais pas de passion.

Sur 153 pages, leur ouvrage déroule une vie, une œuvre et surtout une personnalité. Le livre est généreusement illustré, comme pour permettre au lecteur de retrouver l’homme derrière l’instrument.

Photographies de jeunesse, images familiales, portraits avec son épouse Henriette Roux et ses quatre enfants composent une véritable iconographie intime.

Parmi eux figure Maurane Gadeau, artiste connue sous le nom de Ms Blues. Et Marie Stella ancienne manager de L’Émoi du Jazz, qui prolonge à sa manière l’héritage musical familial.

Mais l’essentiel se trouve peut-être ailleurs : dans les témoignages.

Le livre fait entendre une polyphonie de voix. Ceux qui ont connu Dez Gad depuis l’école primaire, ceux qui l’ont accompagné dans ses premières expériences musicales. Ses compagnons de scène et ceux qui ont partagé son quotidien prennent successivement la parole.

Cette construction chorale donne à l’ouvrage une respiration particulière. Plusieurs voix racontent le même homme, avec leurs souvenirs, leurs anecdotes et leurs émotions.

Au fil des pages apparaît le portrait d’un homme généreux, accessible, passionné et d’un commerce agréable.

Un homme capable de faire circuler la musique autour de lui, mais également de défendre ses convictions avec une certaine liberté.

Dez Gad était un musicien, bien sûr. Mais il était aussi un homme d’affaires et un publiciste. Plusieurs vies réunies autour d’une même énergie créatrice.

La guitare demeurait pourtant son territoire privilégié.

Il en possédait une bonne douzaine, toutes de belle facture, choisies avec le goût du connaisseur et l’exigence du musicien.

Chez lui, l’instrument n’était jamais un simple accessoire de scène. Il était une voix, une extension du corps, un langage.

Son jeu avait cette manière particulière de faire dialoguer les cordes avec le silence, le rythme avec l’espace, la tradition avec l’invention.

Dez Gad aura surtout porté le jazz ivoirien avec une énergie peu commune.

Il appartenait à cette catégorie de musiciens qui ne se contentent pas d’interpréter un répertoire : ils contribuent à créer une scène, à maintenir une esthétique et à transmettre une passion.

Les auteurs donnent ainsi à voir un frondeur de brousse, selon une expression qui résume bien une personnalité à la fois libre, enracinée et résolument tournée vers la musique.

Cette biographie devient alors un document précieux sur une époque du jazz ivoirien, ses hommes, ses lieux, ses rencontres et ses combats.

Elle raconte également une transmission : celle d’un musicien qui disparaît, mais dont les gestes, les sons et les souvenirs continuent de circuler.

Le destin de Dez Gad possède d’ailleurs une étrange résonance symbolique.

Il est décédé le 30 avril 2014, précisément le jour de la Journée internationale du jazz.

Comme si le calendrier lui-même avait voulu inscrire sa disparition dans la grande histoire de la musique qu’il avait servie.

Aujourd’hui, « Dez Gad, le jazz au bout des doigts » vient réparer une forme de silence.

Tiburce Koffi et Alex Kipré composent ici un livre de mémoire, mais aussi un livre de musique.

Les Éditions Eburnie en font un nouvel objet patrimonial, fidèle à leur volonté de conserver les traces de ceux qui ont enrichi la culture ivoirienne.

Il faut donc lire ce livre comme on écoute un bon disque : avec attention, curiosité et cette disponibilité nécessaire aux œuvres qui racontent une époque.

Car Dez Gad n’est plus là pour faire résonner ses guitares.

Mais désormais, grâce à ce livre, sa voix demeure.

Et le jazz, lui, continue de jouer.

AK

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