En ce 15 mars, date à laquelle il aurait célébré ses 88 ans, la Côte d’Ivoire s’incline devant la mémoire de Jules Hié Néa, éducateur, diplomate et bâtisseur de culture, dont la vie incarne la noblesse du service public et l’exigence de la transmission.

En ce 15 mars, la mémoire nationale se recueille devant la figure lumineuse de Jules Hié Néa, homme d’État façonné par l’école.
Né en 1938 dans la région de Grabo, il grandit dans une terre kroumenne où l’honneur et la solidarité fondent l’identité collective.
Très tôt, il comprit que l’éducation demeure la plus féconde des semences pour bâtir des nations solides et responsables.
Formé à l’École normale puis diplômé en géographie à l’Université d’Abidjan, il choisit la voie exigeante de la transmission.
L’enseignement fut ainsi son premier engagement, convaincu que la craie et la parole façonnent l’avenir silencieux des peuples.
Sa rigueur intellectuelle et sa probité morale l’appelèrent bientôt vers l’administration publique et les hautes responsabilités nationales.
Sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny, il servit la République comme secrétaire d’État puis ministre chargé de la Culture.
Le premier de l’histoire.
Pour lui, la culture n’était jamais décorative mais une respiration profonde qui nourrit la conscience et l’âme des sociétés.
Sa carrière diplomatique l’emmena ensuite porter la voix ivoirienne au Sénégal, en Gambie, en Mauritanie et au Cap-Vert.
Pendant vingt années au Sénégal, il fut le doyen respecté du corps diplomatique, incarnation d’une Afrique digne et sereine. Ce séjour fera dire à à l’homme d’Etat sénégalais, Moustapha Niasse, premier ministre puis président de l’Assemblée nationale du Sénégal: « Jules était très intelligent c’était un homme intelligent et généreux«
Mais l’homme d’État ivoirien demeura toujours fidèle à Grabo, cette terre natale qui nourrissait sa vision du service public.
Revenu au pays, il devint le premier maire de Grabo et entreprit d’y bâtir les fondations d’un développement durable.
L’éducation, les infrastructures et la coopération internationale devinrent les piliers de son action municipale et citoyenne.
Le destin lui imposa pourtant une épreuve lorsque l’attaque de Grabo en 2003 le dépouilla de tous ses biens. Dont des livres.
Face à cette tragédie, il demeura digne, fidèle à la République et profondément attaché à la paix nationale.
Hié Néa inspira de nombreux jeunes, dont sa propre progéniture, à croire au savoir, à la pensée et au livre, notamment son neveu Francis Barbey, prêtre essayiste, auteur de plus d’une trentaine de livres.
Aujourd’hui, son nom illumine le lycée moderne Jules Hié Néa de Grabo, symbole vivant d’une mémoire tournée vers l’avenir.
Ce lycée moderne a reçu, il y a juste un trimestre, mercredi 3 décembre 2025 un lot de 100 tables-bancs modernes offert. Le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation en était le donateur.
Au départ de Hié Néa, de nombreuses personnalités ont salué sa mémoire.
On citera notamment le Président Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, ainsi que plusieurs autorités diplomatiques et traditionnelles.
Les voix de sa terre natale s’y sont mêlées aussi, celles du chef de la tribu Tepo, des familles Taouelepô et Tcheyipo.
La communauté kroumenne de l’ancien cercle de Tabou, de Man et de Sassandra rappellant ainsi l’enracinement profond de l’homme.
Grand officier des ordres nationaux ivoirien et sénégalais, distingué également par la France, il incarna l’honneur du service.
Certaines vies, par leur droiture et leur générosité, deviennent des repères silencieux pour les générations à venir.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

