9 septembre: Francis Barbey, 30 ans de sacerdoce , un feu qui ne s’éteint pas

10 mois

Il écrit, il prie, il aime. Sans bruit, mais avec éclat. Le Père Francis Barbey ne célèbre pas pour lui — mais cette fois, il faut dire les mots. Trente ans de sacerdoce, ça s’honore. Dans un monde qui vacille, sa vie tient debout. Offerte. Habité. Son “oui” à Dieu n’est pas un retrait : c’est une entrée, les yeux ouverts, le cœur en feu.

Le 9 septembre 1995, il disait oui.

Pas un « oui » banal.
Ni un « oui » d’usage.
Mais un « oui » qui déchire le ventre.
« Oui » qui vous fait traverser la nuit, sans lampe.
Un « oui » à Dieu. Total. Définitif. Irrévocable.

Et ce 9 septembre 2025, 30 ans plus tard, il n’a toujours rien repris de ce qu’il a offert.

Il ne fête pas ses anniversaires.

Non.
Pas de bougies. Aucun gâteaux. Pas de « joyeux anniversaire » récité à la va-vite.
Le 2 juin, il n’a jamais célébré sa naissance.
Il écrivait une lettre à sa mère.

Oui, chaque année. Une lettre.
Pas une carte achetée à la dernière minute.
Un texte. Un cri du cœur. Une offrande en retour.

Il disait merci. Il pleurait en silence à travers les mots.
Et elle, sa mère, pleurait à voix haute, à la lecture.
Parce que c’est ça, aussi, Francis Barbey :
Un cœur entier. Une loyauté viscérale. Un amour qui ne s’étale pas… mais qui transperce.

Originaire du pays Kroumen. Un pays rude. Franc. Fier.

Pas de collège à Tabou ?
Alors direction le lycée de Sassandra.

Et de là, il écrit.
Pas des textos. Pas des statuts Facebook.
Des lettres. Des vraies, des longues, des profondes.
Celles qu’on garde, qu’on relit, qui vous arrachent un frisson.

Et sans le savoir, il devient écrivain, hommes de culture, de lettres ambassadeur de la pensée comme son modèle d’oncle. Il est en effet le neveu du Ministre Jules Hié Néa, premier ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal. Francis, c’est une autre diplomatie qu’il choisira : celle de l’Évangile.
Pas de vocation spectaculaire. Juste le choc des mots, la vérité intérieure, la solitude féconde.

Plus de 30 LIVRES. Pas un de trop.

Écrivain. Et prêtre.
Un mélange rare. Une tension féconde.

Il n’a jamais voulu briller.
Mais il éclaire.
Pas avec des projecteurs.
Avec du feu.

L’homme ne célèbre pas les fêtes individuelles.

Il préfère les fêtes collectives.
Celles qui rassemblent. Qui relient. Qui élèvent.

Mais cette date, ce 9 septembre…
Ce jour-là, il célèbre.
Parce que ce n’est pas sa gloire.
C’est Dieu qu’il célèbre.
C’est le sacerdoce, le don, le vrai, celui qu’on ne reprend pas.

Le prêtre n’est pas un saint. Il est un combattant.

Il le dit lui-même :

« La consécration, c’est Dieu qui t’accepte. Et toi, tu fais tout pour ne jamais sortir de cette sphère. »

Facile ? Jamais.
Solitaire ? Parfois.
Illusoire ? Non. Sacrificiel. Lucide. Libre.

Il aurait pu rêver d’autre chose. Il a choisi Dieu.

Et Dieu l’a choisi.

Il a appris le latin, le grec, l’italien, l’anglais, le kroumen, le français.
Et avec ça, il parle le langage de l’âme.

À Rome, il croise Benoît XVI.

Vous étudiez quoi ?, demande le pape.
La communication sociale, répond Barbey.
Et là, le pape hoche longuement la tête.
C’est très important, ça…

Oui, très important.
Parce que sans communication, pas d’évangile.
Pas d’Église, de lien. Pas d’amour.

Prêtre, oui. Mais les yeux ouverts.

Il ne se raconte pas d’histoires.
Il connaît les blessures de l’Église.
Les ombres, les vanités. Les silences coupables.

Mais il ne jette pas la pierre.
Il aime.
Assume.
Se bat.
Barbey cite Hans Urs von Balthasar, Jean-Paul II, François.

Il dit :

“Ce n’est pas en humiliant qu’on convertit.”
“Pas en accusant qu’on réveille.”
“C’est l’amour. Rien que l’amour.”

Il ne déteste pas les interrupteurs dorés du Vatican.

Francis les a vus, il les a trouvés beaux.
Et alors ?
Est-ce trahir les pauvres que d’aimer la beauté ?
Non.
C’est aimer tout l’homme, tout ce qu’il peut donner, tout ce qu’il peut créer de beau, de juste, de vrai.

Le monde ? Il le regarde en face.

Un monde de moins en moins démocrate, de plus en plus violent, déraisonné dans ses plaisirs, déraillé dans ses mœurs.

Mais lui, il reste.
Pas figé.
Pas naïf.
Mais ferme.
Il tient. Il avance. Et croit toujours.

30 ANS D’ORDINATION. PAS UN JOUR VOLÉ. PAS UNE ÉTAPE ÉCHAPPÉE.

Il peut partir n’importe où.
Sans se plaindre.
Sans bruit.
Pour annoncer l’Évangile.

Pas comme un fonctionnaire de Dieu.
Mais comme un homme amoureux.
Un homme habité. Un homme debout.

Alors, on célèbre quoi aujourd’hui ?

Pas un homme.

On célèbre
un feu.
Une fidélité.
Un combat, un cœur.
Une offrande, une parole droite.
un amour donné.

On célèbre 30 ans de oui.

Un oui
qui claque,
Tranche,
qui appelle,
qui nous regarde.

Merci, Francis Barbey.
Tu es un signe.
Tu es un frère.
Un cri d’évangile dans un monde en surdité.

Et pour ça, aujourd’hui,
on te rend grâce.

AK

photo:dr

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