Le Nonce contredit Monseigneur Marcellin Kouadio et les évêques

3 semaines

À une semaine d’intervalle, l’Église catholique ivoirienne se dément publiquement sur la lecture des élections. Une fracture grave, révélatrice d’un malaise stratégique et moral.

L’homélie de Monseigneur Marcellin Kouadio avait sonné comme une mise en accusation frontale du pouvoir politique africain.
Elle dénonçait des dirigeants sourds aux peuples.

Une semaine plus tard, à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux de nouvel an au Chef de l’État, le 27 janvier 2026 à Abidjan, le Nonce Apostolique, Mauricio Rueda Beltz balaie ce discours sans même le nuancer.
Devant le président Alassane Ouattara, il célèbre la maturité politique ivoirienne et la bonne tenue des élections en Côte d’Ivoire.

La contradiction est totale, publique, et impossible à relativiser.
Elle donne le sentiment que le représentant du pape corrige, voire désavoue, les évêques ivoiriens.

Le Nonce peut-il ignorer l’homélie du président de la Conférence épiscopale ?
Peut-il ne pas avoir lu le communiqué final de la 128e Assemblée plénière de la conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Ceci) des évêques fait à San-Pedro le 25 janvier 2026, avant de parler au nom du Saint-Siège ?

Si la diplomatie pontificale existe, c’est précisément pour créer des passerelles, pas pour exposer des fractures. Quand Rome parle diplomatie, Abidjan expose une cacophonie.

Dès lors, une question s’impose : à quoi servent ces prises à partie permanentes des responsables politiques ?
Un discours qui n’éclaire personne, qui n’ouvre aucun espace de dialogue, devient inutile, voire contre-productif.

Accabler ne transforme personne.

On n’obtient rien de celui dont on dénonce publiquement la gouvernance.

L’Église semble refuser d’approfondir l’analyse électorale. Préférant l’anathème à l’examen rigoureux.
A-t-elle peur d’entrer dans la complexité des processus électoraux ivoiriens ?

Plus grave encore, l’Église critique la gouvernance publique alors que ses propres écoles sont en grande difficulté.
Établissements mal gérés, enseignants sous-payés, tensions sociales persistantes : le constat est connu.

Ces dysfonctionnements ne tombent pas – et c’est le cas de le dire- du ciel. Ils sont aussi le fruit d’une Église trop occupée par la politique, pas assez par sa propre maison.

Comment prétendre donner des leçons de gestion à l’État quand l’Église peine à administrer son système éducatif ?

La contradiction est flagrante, et le pouvoir le sait.

Quand l’Église parle ainsi, elle agace le gouvernement -qui lui offre 100 millions chaque année-sans jamais proposer de solution concrète.
Elle devrait offrir des émissaires, créer un véritable espace Église–État, institutionnalisé et permanent.

La Côte d’Ivoire n’est pas un État catholique.
L’Église y est une voix parmi d’autres, pas une autorité politique suprême.

Elle reçoit des soutiens de l’État, bénéficie de financements publics, mais adopte un discours de confrontation.
Cette posture brouille son rôle et alimente les soupçons.

Si l’Église veut retrouver sa crédibilité, elle doit d’abord se parler à elle-même.
Puis accepter que la morale sans dialogue devient une posture vide.

À défaut, elle continuera à parler fort, à parler seule, et surtout à perdre toute portée dans le débat public..

ALEX KIPRE

photo:dr

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