Dieu, argent et trahison : l’Église catholique de Côte d’Ivoire face au pouvoir 

4 semaines

Lors de la 128ᵉ Assemblée plénière des évêques ivoiriens, Mgr Marcellin Kouadio a dénoncé la fraude électorale et les violences politiques.

Mais ce discours pose des questions cruciales : courage, finalité de l’Évangile et liens financiers entre Église et État.

L’homélie de Mgr Marcellin Yao Kouadio, prononcée le 20 janvier 2026 à la paroisse Saint Paul des Cités de San-Pedro, met en parallèle la légitimité divine du roi David et l’exercice du pouvoir en Afrique contemporaine. Elle interpelle : le pouvoir appartient-il à Dieu ou aux artifices humains ?

Dans son propos, l’évêque dénonce la « fraude électorale », le « braquage » et les « rébellions armées » qui minent la démocratie africaine. Il pointe également le rôle des médias et des observateurs étrangers « cupides » qui valident des élections malgré la violence des scrutins. Mais il ne nomme jamais Alassane Ouattara, ni les responsables précis de ces pratiques. Cette généralisation affaiblit la force morale de la parole et la rend impersonnelle.

Le paradoxe est évident : le courage affiché se heurte à la prudence institutionnelle. La parole prophétique devrait transformer les consciences, mais elle se dilue dans des accusations collectives. À qui s’adresse l’homélie ? Aux fidèles, au peuple ou aux dirigeants ? La question demeure.

L’usage de la parole biblique pour justifier une critique politique soulève une tension profonde.

L’onction de David est un symbole de légitimité divine et de justice morale. Mais comment interpeller concrètement Alassane Ouattara ou tout autre dirigeant si la dénonciation reste floue et générale ? La parole de Dieu, lorsqu’elle n’est pas située dans le réel, perd sa force transformative.

Ce discours gagne en complexité lorsqu’on prend en compte les liens financiers entre l’État ivoirien et l’Église. Chaque année, le président Alassane Ouattara attribue 100 millions de FCFA aux évêques au début janvier, tandis que chaque évêque nouvellement installé reçoit 20 millions et un véhicule 4×4, en plus de la prise en charge des soins médicaux à l’étranger. Sur les 15 années du mandat actuel, les évêques ont donc reçu environ 1,5 milliard de FCFA. Comment, dans ce contexte, dénoncer les dérives du pouvoir avec impartialité ?

En Côte d’Ivoire, l’État est généreux envers l’Église, mais ces fonds profitent exclusivement aux évêques plutôt qu’aux prêtres et au peuple de Dieu.

Cette réalité fragilise la portée morale des homélies politiques et interroge la cohérence du rôle prophétique de l’Église.

L’homélie évoque également l’Afrique dans son ensemble, mais que sait-on véritablement de la gouvernance au Kenya ou en Guinée, sinon ce que rapportent les médias ? Comment juger avec précision, si l’expérience directe manque ? Le risque est de transformer une parole prophétique en simple dénonciation abstraite, incapable de changer quoi que ce soit.

En conclusion, l’homélie de Mgr Kouadio illustre la tension persistante entre vérité morale et prudence institutionnelle. D’autre part ce n’est pas que certains diocèses souffrent de mal gouvernance tant financier que communionnelle. Et la crise notoire de Man qui est malheureusement toujours en cours illustre, après celle de Gagnoa cette vérité.  Pour être crédible, la parole religieuse doit dépasser l’impersonnel, nommer les acteurs, toucher les cœurs et proposer une transformation concrète. Sinon, elle reste un symbole, éloigné de la réalité politique et financière dans laquelle l’Église évolue.

Le trône de Dieu et le pouvoir des hommes ne se confondent jamais naturellement. L’Église, pour rester prophétique, doit choisir : être un acteur courageux et engagé ou un spectateur prudent mais silencieux. La question reste ouverte, brûlante, et essentielle pour l’avenir de la conscience politique et religieuse en Côte d’Ivoire.

ALEX KIPRE

photo:dr

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