Un an après sa disparition, l’inoubliable comédien Bah Bientôt continue d’habiter les cœurs et d’inspirer toute une nation reconnaissante de son immense parcours.
Il y a un an, la Côte d’Ivoire perdait Bah qui nous avait dit à Bientôt. de son vrai nom Baha Blaise, un artiste majeur dont la présence continue de résonner puissamment dans la mémoire collective et dans l’histoire du cinéma national.

Sa disparition, survenue le 27 novembre 2024, a bouleversé un pays entier qui avait appris à aimer son humour, sa sensibilité, sa profondeur et sa capacité unique à incarner les réalités sociales avec humanité.
Formé à l’art théâtral, il fit ses premiers pas sur les planches dès les années 60 et 70, période durant laquelle il affirma progressivement une personnalité artistique singulière, marquée par la rigueur, la passion et la générosité. C’est toutefois grâce à son rôle dans la célèbre série satirique « Comment ça va ? », conçue par Léonard Groguhet, qu’il devint une figure incontournable du paysage audiovisuel ivoirien. Son charisme naturel, son sens inné du rythme comique et sa manière d’aborder les sujets sociaux avec finesse et profondeur ont marqué durablement plusieurs générations de téléspectateurs.
Bah Bientôt a également évolué aux côtés de grandes figures du cinéma ivoirien.
Sidiki Bakaba, Kodjo Ebouclé, Naki Sy Savané ou encore Thérèse Taba. Avec eux, il a contribué à écrire certaines des plus belles pages de la culture ivoirienne, en participant à des courts et longs métrages devenus aujourd’hui des références. Son jeu, à la fois spontané, chaleureux et rigoureusement travaillé, lui permettait de donner vie à des personnages authentiques, souvent ancrés dans la réalité quotidienne, mais toujours porteurs d’une dimension profondément humaine.
Loin de se limiter à la scène et au petit écran, Bah Bientôt fut également un pédagogue passionné.
À l’Institut national des arts, devenu INSAAC par la suite, il forma plusieurs générations de comédiens, réalisateurs et techniciens. Ceux qui ont eu la chance de recevoir son enseignement se souviennent d’un homme exigeant, bienveillant et animé par une volonté sincère de transmettre son amour pour l’art. Pour lui, le cinéma et le théâtre n’étaient pas seulement des métiers, mais des moyens privilégiés d’exprimer la vérité, de dénoncer l’injustice et de célébrer la richesse de la culture ivoirienne.
En 2005, il décida d’élargir son horizon artistique en se lançant dans la réalisation.
Il entreprit un projet de série télévisée sur l’endettement et la pauvreté, des thèmes difficiles mais essentiels à comprendre dans un pays confronté à de nombreux défis sociaux et économiques. Ce projet, tourné au Groupe de recherche pour la tradition orale, témoigne de sa volonté constante de donner une voix à ceux qu’on entend trop peu, et de faire du cinéma un outil d’éveil et de transformation.
La mort de Bah Bientôt a laissé un vide immense, tant auprès de sa famille, notamment son fils Fidèle Bah, que parmi ses collègues, ses élèves et le public qui l’aimait profondément. Pourtant, un an après son départ, son héritage demeure intact, vibrant, plus que jamais présent. Ses personnages, ses enseignements, sa vision du cinéma comme miroir de la société continuent d’inspirer ceux qui rêvent, comme lui, de porter haut la culture ivoirienne.
Aujourd’hui, Bah Bientôt n’est plus physiquement présent, mais il continue de vivre à travers les œuvres qu’il a laissées, les acteurs qu’il a formés et les souvenirs qu’il a imprimés dans les cœurs. Sa voix, son rire, son regard et son engagement restent gravés dans la mémoire nationale. Et parce que les artistes authentiques ne meurent jamais vraiment, son étoile continue de briller, guidant ceux qui, après lui, souhaitent raconter la Côte d’Ivoire avec vérité, courage et beauté.
HARON LESLIE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
