Tiburce Koffi:  » 3 millions en moins de 2 semaines

9 mois

Musicien, écrivain et président du Conseil de gestion du BURIDA, Tiburce Koffi revient pour Pouvoirs Magazine sur l’obtention du siège des écrivains. Ses regrets à l’INSAAC, et son regard critique – mais sincère – sur la musique ivoirienne actuelle.

Les écrivains ont désormais un siège officiel. Quelle est votre réaction ?

Il serait plus juste de dire que les écrivains ont acquis leur siège, plutôt qu’ils l’ont simplement obtenu. C’est le fruit de leur persévérance, notamment celle de notre présidente, Dr Hélène Lobé, qu’il faut vivement saluer.

Mais il ne serait pas honnête de passer sous silence les efforts de Mme la ministre Françoise Remarck, qui s’est réellement impliquée pour l’octroi de ce siège aux acteurs du livre — écrivains, éditeurs, distributeurs, etc. L’objectif était de créer un espace commun pour donner plus de visibilité au livre et à l’activité littéraire en Côte d’Ivoire.

Malheureusement, faute d’un local adéquat pour un regroupement global, seule une solution partielle a pu être trouvée. Finalement, grâce à la ténacité de la présidente, un siège exclusivement pour les écrivains a été obtenu. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est une avancée importante. Je félicite sincèrement le bureau exécutif.

Ce qui est remarquable, c’est la réaction des écrivains eux-mêmes. En moins de deux semaines, ils ont spontanément collecté près de trois millions de francs CFA pour équiper le siège, couvrir le loyer, assurer des émoluments au personnel d’entretien. C’est tout simplement magnifique.

 Vous avez profondément marqué l’INSAAC. Qu’auriez-vous voulu y accomplir avant votre exil, provoqué par la publication du livre Non à l’Appel de Daoukro ?

L’INSAAC a été pour moi une expérience intense. Le ministre Maurice Bandaman m’y avait envoyé pour, je cite, « réveiller l’établissement ». C’était une mission exaltante, car je connaissais bien l’institution, ses acteurs, son fonctionnement, son potentiel.

Ancien du Conservatoire, journaliste culturel à Fraternité Matin, j’avais suivi de près l’évolution de l’INA devenu INSAAC. J’y avais aussi de nombreux amis : Bitty Moro, Sidiki Bakaba, Afri Loué, Thérèse Taba, Boncana Maïga… Et j’ai eu la chance de tomber sur un personnel motivé et bienveillant.

Mais il m’a manqué de réaliser plusieurs projets :

  • Lancer l’École de cinéma

  • Doter l’Institut d’un auditorium et d’un studio d’enregistrement moderne

  • Équiper le Conservatoire en matériel

  • Construire une salle de spectacles d’au moins 350 places

  • Renforcer les capacités des enseignants musiciens

Ce dernier point est capital. À l’INSAAC, il ne reste qu’un seul professeur de guitare détenteur d’un 1er Prix. En piano, saxophone, flûte, il n’y a aucun 1er Prix ! Pourtant, il y a des instrumentistes de grand talent : Sally Koffi (piano), Godo Solo (flûte), Henri Kossonou (basse)…

Je voulais faire venir des experts de Strasbourg pour évaluer ces musiciens et leur faire obtenir une reconnaissance officielle de leur niveau. Car sans cette consécration académique, ils stagnent.

Hélas, ceux qui m’ont succédé n’ont pas cette vision. Ce n’est pas un reproche : ils ignorent simplement que ces choses doivent se faire. J’ai eu la chance d’être à la fois artiste et technocrate. D’autres, comme Dr Alain Tailly, auraient également pu mener ce chantier.

Aujourd’hui encore, des talents exceptionnels comme les saxophonistes Christiana Coulibaly, Etisha Ottro, ou les pianistes Zoro Bi et Aka Seya, manquent d’encadrement de haut niveau. Et ça, c’est grave.

 Que pensez-vous de la musique ivoirienne actuelle, souvent représentée par Himra, Didi B, Josey ou Roselyne Layo ?

Je vais être franc : je ne peux pas vraiment répondre. Je n’ai jamais écouté Himra, ni Didi B, que je connais pourtant comme fils d’Abou Bassa. neveu de Bomou Mamadou.

J’ai entendu Josey et Roselyne Layo, mais de façon distraite. Ce n’est pas du mépris : simplement, je suis un “has been”, un mélomane du passé. Eux sont de la génération de mes enfants, avec une culture musicale propre à leur époque.

Moi, je suis un instrumentiste, passionné de jazz. Et les oreilles d’un jazzman sont très exigeantes. Je suis plus attiré par les instrumentistes que par les chanteurs.

Je me nourris des sons de Georges Benson, Coltrane, Jaco Pastorius, Wayne Shorter, Fela, Manu Dibango, Hugh Masekela, et autres géants. Côté ivoirien, j’écoute César Boli, Jean Ebo, Luc Sigui, Jean-Marie Kouadio, Tiken Jah, Alpha Blondy, et bien sûr… Dez Gad le monumental !

Alors oui, je suis dépassé — je l’admets sans complexe. Mais à chacun ses goûts. Et je suis sûr qu’eux non plus ne m’écoutent pas. Ils ne savent même pas que je suis musicien. Tu crois qu’ils ont écouté Zurich Train, Let’s Go to Work, Manega Road ? Je parie que non !

Nous sommes deux mondes parallèles. Leur son ne parle pas à mes oreilles. Et le mien ne parle pas aux leurs. Donc : match nul.

AK

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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