Youssouf Bakayoko, la voix du devoir : hommage à un homme d’État, un diplomate, un serviteur de la démocratie.
Le 30 septembre 2023, la Côte d’Ivoire perdait une figure discrète mais décisive de son histoire récente.
Diplomate de carrière, ministre, président de la CEI, Youssouf Bakayoko a marqué son époque. Par son sens de l’État, sa rigueur et son engagement républicain.
En ce 30 septembre, deux ans après sa disparition, la mémoire de Youssouf Bakayoko continue d’habiter la conscience collective ivoirienne. Tant son parcours fut empreint d’exigence, de dignité et de service. Pour d’autres, il aura été partial.
Originaire de Bouaké, membre influent du PDCI, il fut ministre des Affaires étrangères de 2005 à 2010. Durant une période de turbulences politiques qui exigeait à la fois retenue, diplomatie et fermeté.
Nommé Président de la Commission électorale indépendante, il incarne jusqu’en 2019 l’arbitre impartial de moments décisifs. Dont l’annonce de la victoire du Président Alassane Ouattara en 2010, en pleine crise.

L’homme savait que chaque mot comptait.
Il prononça le sien avec gravité, calme et lucidité. Devenant l’un des visages institutionnels de la démocratie naissante sous tension.
Le Président Alassane Ouattara lui avait rendu hommage en ces termes : « Je salue la mémoire de ce Diplomate chevronné, grand serviteur de l’État, qui a exercé ses fonctions avec compétence et rigueur. »
Lors de la passation de charges à Coulibaly Kuibiert en octobre 2019, il choisit la hauteur républicaine. Il félicita son successeur et en appelant au respect strict des règles démocratiques.
Pour lui, l’un des défis les plus préoccupants de la CEI restait la tentation permanente de certaines forces politiques. De contourner les principes fondamentaux du jeu démocratique.
Avec une vision claire, il exhortait à unir les efforts des autorités, de la société civile et des institutions pour renforcer la conscience citoyenne et la transparence électorale.
Sa voix ne tonnait jamais, mais son autorité morale imposait le respect ; sa parole n’était pas bruyante, mais toujours pleine de poids et de mesure.
Youssouf Bakayoko, à 80 ans, a quitté ce monde, laissant derrière lui l’image d’un homme d’État rare, formé à la discrétion et rompu aux exigences de la République.
Ce 30 septembre, la Nation ivoirienne lui renouvelle son hommage mitigé avec reconnaissance, respect et émotion pour certains. Et souvenir amer pour d’autres. Car il fut de ceux qui parlent peu, mais bâtissent durablement. Mais aussi qui aurait tordu le cou à la norme pour d’autres.
FATEM CAMARA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

