Dans une analyse incisive, Ferro Bally interroge les dérives électorales africaines, où la technologie promise à la transparence révèle parfois l’ampleur des manipulations persistantes.
« L’humoriste ivoirien Adama Dahico avait trouvé les mots justes au lendemain de la présidentielle ivoirienne tragique du 28 novembre 2010. Avec son sens aigu de la formule, il résumait une réalité brutale : « L’Afrique est le continent où l’on peut gagner les élections et perdre les résultats. » Une phrase qui, quinze ans plus tard, conserve une actualité troublante.
Les élections législatives du 27 décembre 2025, organisées dans un pays se réclamant pourtant de la « technologie électorale », viennent confirmer cette amère vérité. Dans plusieurs circonscriptions, des candidats battus dans les urnes se retrouvent mystérieusement vainqueurs au terme de décomptes opaques. Pendant que les véritables gagnants « lisent l’heure », impuissants face à un système verrouillé. Le progrès technologique, loin de garantir la sincérité du scrutin, semble parfois servir de paravent sophistiqué à des pratiques anciennes.
Cette situation n’a rien de nouveau.
Déjà, Joseph Staline, figure centrale du système soviétique, mettait en garde avec un cynisme glaçant. « Ce qui compte, ce n’est pas le vote. C’est comment on compte les votes. » Cette maxime traverse les époques et trouve aujourd’hui un écho particulier dans nombre de démocraties fragiles, où les institutions électorales peinent à s’affranchir des pressions politiques.
La fraude électorale n’est pas seulement une question de chiffres manipulés. Elle détruit la confiance citoyenne, alimente le désenchantement démocratique et ouvre la voie à la contestation violente. Quand le peuple constate que son choix est confisqué, il cesse de croire aux urnes comme instrument de changement pacifique.
Face à ce danger, la vigilance s’impose. Transparence, indépendance des organes électoraux et responsabilité politique demeurent les seuls remparts crédibles. Sans cela, les élections continueront d’être gagnées dans les bureaux de vote, mais perdues dans les salles de compilation. »
F. M. Bally
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
