Au lendemain de la dissolution de la Commission électorale indépendante, Pascal Affi N’Guessan repositionne le Front populaire ivoirien au cœur du débat institutionnel.
Derrière l’appel à une réforme consensuelle, l’ancien Premier ministre pose une interrogation plus fondamentale : la Côte d’Ivoire peut-elle enfin construire un arbitre électoral affranchi des intérêts politiques, capable d’empêcher les crises cycliques alimentant la défiance démocratique depuis trois décennies ?
Plusieurs architectures institutionnelles demeurent envisageables, affirme Affi N’Guessan, pour restaurer durablement la crédibilité électorale profondément dégradée du pays.
Le Front populaire ivoirien promet d’examiner minutieusement chaque proposition gouvernementale avant toute adhésion définitive au futur mécanisme électoral national.
Cette prudence traduit moins une ouverture politique qu’une méfiance persistante envers l’État, historiquement soupçonné d’instrumentaliser les consultations électorales ivoiriennes.
Pour Affi N’Guessan, reproduire l’ancienne Commission électorale indépendante reviendrait mécaniquement à reconduire les fractures politiques ayant durablement ensanglanté le pays.
La dissolution gouvernementale constituerait donc une reconnaissance implicite des insuffisances structurelles ayant discrédité l’organe électoral auprès des acteurs politiques nationaux.
Derrière cette réforme surgit néanmoins une interrogation fondamentale.
Le pouvoir acceptera-t-il réellement l’existence d’une institution échappant entièrement à son influence ?
Le président du FPI estime pourtant qu’aucune pacification électorale demeure possible sans neutralité financière, administrative et politique absolument incontestable.
Selon lui, l’organe électoral futur devra s’élever au-dessus des intérêts partisans afin d’incarner exclusivement la continuité républicaine ivoirienne.
Affi rattache explicitement les violences électorales passées aux insuffisances institutionnelles ayant progressivement détruit la confiance populaire envers les scrutins nationaux.
Manifestations meurtrières, tensions communautaires et suicides deviennent alors les symptômes extrêmes d’une démocratie fragilisée par la suspicion électorale permanente.
En réalité, l’ancien Premier ministre ne parle pas uniquement d’administration électorale, mais du rapport profondément conflictuel entre pouvoir et légitimité.
Car depuis plusieurs décennies, chaque consultation ivoirienne ressemble moins à une compétition démocratique qu’à une bataille existentielle pour la survie politique.
Ainsi, derrière les débats techniques sur la future institution électorale, se joue silencieusement la possibilité même d’une République véritablement impartiale.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

