Alors que la campagne électorale s’annonce tendue, de nombreuses interrogations planent sur la légitimité, la sincérité et surtout l’autonomie politique des principaux adversaires du président sortant, Alassane Ouattara.
S’agit-il d’alternatives réelles ou de simples figurants dans un scénario soigneusement orchestré ? Analyse d’un casting qui interroge.
L’opposition ivoirienne apparaît aujourd’hui fragmentée, affaiblie et visiblement mal préparée à mener une confrontation politique d’envergure. Les profils des quatre candidats retenus face à Alassane Ouattara suscitent davantage de doutes que d’enthousiasme.
Jean-Louis Billon, pour ne citer que lui, fut président du Conseil général du Hambol sous l’étiquette du RDR. Ce passé, conjugué à d’anciennes proximités politiques, jette une ombre sur sa capacité à incarner une opposition crédible et déterminée.
Ahoua Don Mello, quant à lui, avait été pressenti pour représenter le PPA-CI à Bongouanou. Il a décliné l’offre. Ce refus, interprété dans plusieurs cercles militants comme une trahison, est perçu par d’autres comme un signe de stratégie ambiguë. Voire de distanciation calculée.
Henriette Lagou n’a, pour sa part, pas accédé à un poste électif. Sa carrière repose essentiellement sur des nominations politiques. Tout comme celle de Don Mello, ancien directeur général du BNETD.
Leur légitimité populaire paraît donc fragile, voire inexistante.
Sur les quatre prétendants, seule Simone Gbagbo possède une expérience électorale directe, ayant été élue à Abobo. Toutefois, elle reste une personnalité clivante, issue de l’école politique du FPI. Peut-elle aujourd’hui rejouer, avec succès, le scénario de l’an 2000, lorsque Laurent Gbagbo avait défié Robert Guéï au péril du statu quo ?
Des soupçons persistants laissent entendre que ces candidatures auraient été encouragées – voire financées – par le régime en place, afin d’entretenir l’illusion d’un pluralisme électoral. Certains évoquent des enveloppes de 200 millions de francs CFA attribuées à chaque candidat, après les fameux 50 millions de 2020. Une réalité qui alimente le scepticisme sur leur réelle indépendance.
Au lieu d’un front uni et déterminé, l’opposition ivoirienne peine à faire émerger de véritables figures de rupture. Les profils en lice ressemblent davantage à des suiveurs ou à des technocrates issus des rouages du pouvoir qu’à des militants enracinés dans les luttes populaires. En Afrique, murmure-t-on avec ironie, le rêve reste d’ »être à la tête d’une structure où l’on ne paie pas le personnel, mais où l’on reçoit de l’argent ».
Pendant ce temps, Alassane Ouattara déroule méthodiquement sa stratégie, face à une opposition divisée, affaiblie, souvent compromise. En 2020, Henri Konan Bédié avait choisi de boycotter le scrutin. Laissant Ouattara commettre seul ce qui est désigné comme les entorses à l’ordre institutionnel. Mais tout le monde n’est pas aussi repu que Bédié pour décliner des encouragements pécuniaires. Ou comme on le murmure des postes ministériels à venir. Aujourd’hui, l’inversion est manifeste : l’opposition joue le jeu, malgré des règles jugées inéquitables.
Au final, les Ivoiriens seront appelés aux urnes. Mais une question fondamentale demeure : leur offre-t-on, cette fois, de véritables choix ?
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

