Le PPA-CI, façonné par des décennies de militantisme et de résistance, demeure un parti profondément cohérent dans son refus institutionnel.
Pourtant, cette cohérence nourrit aussi un paradoxe politique qui fragilise toute tentative d’alternative face au système qu’il prétend combattre.
Le PPA-CI s’est construit dans la lutte, dans la rue, dans l’opposition permanente, dans la résistance contre un système qu’il juge injuste.
Cette matrice historique constitue à la fois sa force identitaire et sa faiblesse stratégique lorsque se présente l’occasion d’exercer le pouvoir.
Car un parti façonné exclusivement pour combattre peine souvent à se transformer en force capable de gouverner avec stabilité et clarté.
Lorsqu’il accède au pouvoir, en 2000, il avance par tâtonnements, surpris par les exigences naturelles de sécurité, de défense et d’autorité républicaine.
Le PPA-CI reste aujourd’hui un parti de militants, structurés autour de réflexes de résistance davantage que de culture institutionnelle durable.
C’est pourquoi participer aux législatives apparaît contradictoire avec son ADN, qui privilégie la contestation plutôt que la conquête progressive d’espaces.
Sa cohérence interne repose sur cette constance idéologique : il ne combat pas seulement un homme, mais un système dont il conteste la légitimité.
Pourtant, rompre politiquement avec Gbagbo demeure un risque immense pour toute figure consciente du poids affectif et historique du leader.
Les exemples abondent : Mamadou Koulibaly a disparu du paysage.
Simone qui a pourtant préservé le nom Gbagbo peine à exister électoralement sans l’ombre du fondateur.
Même Blé Goudé, malgré un discours de paix et d’apaisement, peine à transformer son héritage militant en réelle dynamique politique.
À l’inverse, ceux restés au sein de la ligne dure du parti – comme Dano Djédjé, Hubert Oulai ou Émile Guiriéoulou – bénéficient d’une cohérence saluée.
Ils incarnent l’idée selon laquelle la fidélité au mot d’ordre prévaut sur toute tentation de participation institutionnelle, même légitime.
Ce positionnement explique le refus du PPA-CI de prendre part aux législatives, cohérence stratégique qui alimente néanmoins un paradoxe majeur.
Car le RHDP, qui bénéficie objectivement des divisions et contradictions de l’opposition, devrait logiquement se réjouir de ce boycott assumé.
Pourtant, le pouvoir ne semble pas entièrement satisfait. Comme si l’absence du PPA-CI fragilisait l’image d’un processus électoral pleinement pluraliste.
En réalité, l’opposition ivoirienne demeure prisonnière d’un schéma paradoxal : combattre un système tout en refusant parfois d’utiliser les institutions disponibles.
Et c’est dans cet espace ambigu que naissent les tensions actuelles, les incompréhensions militantes et les stratégies contradictoires observées aujourd’hui.
La question demeure : peut-on durablement combattre un système sans occuper les lieux où s’exerce réellement la souveraineté populaire ?
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
