Alassane Ouattara : entre devoir d’État et soupçon de stratégie

9 mois

En briguant un nouveau mandat, le Président Ouattara invoque les enjeux géopolitiques pour justifier un virage historique.

Mais derrière la nécessité, beaucoup voient un calcul.

Le 29 juillet dernier, le Président Alassane Ouattara a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre, sur les bords de la lagune Ébrié.

Dans son discours, il prend soin de rappeler qu’il avait, il y a quelques années, annoncé son intention de passer le témoin à une nouvelle génération.

Mais selon lui, l’exercice du pouvoir l’a convaincu d’une chose : il faut répondre à un devoir national, quitte à transcender la parole donnée – voire la contredire – face aux enjeux géopolitiques majeurs qui se dessinent.

C’est, affirme-t-il, la principale raison qui l’oblige à se maintenir à la tête de la Côte d’Ivoire.

Si les faits semblent lui donner raison sur le plan sous-régional et mondial, des interrogations légitimes subsistent.
Doit-il être le seul à porter ce fardeau ?


La vague d’enthousiasme de certains ministres, relayée sur les réseaux sociaux après l’annonce, laisse plus perplexe qu’admiratif.

Il est vrai que le péril djihadiste au Nord-Mali, au Burkina Faso, et désormais au Niger, alimente l’inquiétude.
Surtout depuis le divorce avec les forces militaires françaises.
L’armée ivoirienne se retrouve seule face à elle-même, encerclée par des voisins engagés dans l’Alliance des États du Sahel (AES).
Même si une présence militaire américaine subsiste, les revirements politiques à Washington ne garantissent plus rien.

En cas de crise majeure, la Côte d’Ivoire devra compter sur elle-même.

Dans ce climat tendu se joue aussi la reconfiguration de l’ordre mondial.
La Russie et la Chine avancent leurs pions.
Les BRICS séduisent.
L’Europe s’essouffle.
La France recule.
Les États-Unis, imprévisibles.
Et l’Afrique de l’Ouest, elle, tente une émancipation économique inédite.

La création annoncée de la monnaie l’ECO, la montée du rejet du franc CFA, les départs successifs des troupes françaises, les ruptures diplomatiques : tout converge vers un changement profond.

Dans cette phase de transition, Alassane Ouattara, ancien gouverneur de la BCEAO, ex-directeur général adjoint du FMI, semble taillé pour tenir la barre.

Mais une question persiste : est-il vraiment le seul à pouvoir le faire ?
Ce drapeau rouge géopolitique ne serait-il pas aussi un prétexte pour prolonger son règne ?

Pourquoi n’a-t-il pas préparé de succession solide, après tant d’années au sommet ?
Le syndrome de l’après-Houphouët-Boigny serait-il en train de ressurgir ?

Toutes ces questions semblent légitimes.
Et ses opposants ne se privent pas de les poser, frontalement.

TAMA CESAR

photo:dr

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