Décédé à Paris du Covid-19 il y a quatre ans, Charles Konan Banny laisse l’image d’un bâtisseur, réformateur et patriote. Premier ministre en temps de crise, gouverneur monétaire respecté, il fut aussi la voix du dialogue ivoirien.
Charles Konan Banny est décédé le 10 septembre 2021 à Paris, des suites du Covid-19, à 78 ans.
Ancien gouverneur de la BCEAO, il fut Premier ministre de transition durant une période de crise en Côte d’Ivoire.
Diplômé de l’ESSEC, il a consacré l’essentiel de sa carrière aux questions monétaires et à l’économie régionale.
Il a dirigé la BCEAO de 1994 à 2005, traversant des crises majeures comme la dévaluation du franc CFA.
Imposé comme Premier ministre à Laurent Gbagbo, il devait conduire le pays vers les élections de 2006.
Malgré sa rigueur, il s’est heurté à des blocages politiques et à la réticence de Gbagbo à déléguer.
Il quitte ses fonctions en 2007, après avoir tenté de gouverner sans réel pouvoir exécutif. Il apprend son départ, non pas par Gbagbo mais de la bouche de Soro son successeur qui le lui annonce au téléphone. Une blessure.
Appelé en 2011, il préside la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation après la crise post-électorale ivoirienne.
Son travail de réconciliation a permis d’auditionner 72 000 victimes, mais sans impact profond sur la société.
Une autre blessure.
Sa vision de la paix contrastait avec les réalités d’un pays encore marqué par la méfiance et les clivages.
En 2015, il tente de se présenter à l’élection présidentielle mais se retire en dénonçant une mascarade électorale.
Malgré les obstacles, Banny incarna la rigueur, le dialogue et la recherche de solutions durables pour la Côte d’Ivoire.
Sa mort a provoqué une vague d’émotion chez les responsables politiques, en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
Alassane Ouattara, Guillaume Soro et Boni Yayi ont tous salué sa mémoire et sa contribution à la nation.
Originaire de Divo, il se voulait l’héritier politique et moral du président Félix Houphouët-Boigny.
Son parcours incarne une élite ivoirienne formée, compétente, mais parfois freinée par les pesanteurs politiques nationales.
Son œuvre à la BCEAO reste saluée comme une période de gestion rigoureuse et de négociation habile.
Aujourd’hui, quatre ans après, la Côte d’Ivoire se souvient d’un homme de compromis, loyal au service de l’État.
Il laisse derrière lui un exemple de responsabilité, d’exigence morale et d’engagement pour la cohésion nationale.
Que son âme repose en paix, et que son souvenir inspire les générations futures à servir avec intégrité et courage.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

