Il aurait eu quatre-vingt-dix-sept ans ce 14 juillet. Sa voix grave aurait salué la coïncidence républicaine.
Ce même jour que la France célèbre sa liberté, il serait resté sobre, grave, lucide, presque pudique dans l’évocation.
Né à Divo en 1928, il portait déjà, dans sa verticalité, la promesse d’un pays en devenir.
Avocat de talent formé à Montpellier, il maîtrisait le verbe mais n’aimait ni la démagogie, ni les foules.
Très jeune, il s’engage pour une Afrique souveraine, digne, moderne — loin des oripeaux coloniaux et des postures faciles.
Le droit, pour lui, n’était pas simple procédure : c’était une manière d’organiser la justice au cœur du politique.
Homme de devoir, on l’a choisi pour incarner la jeunesse ivoirienne dans les premières heures du gouvernement Houphouët.
Chargé de la Jeunesse et des Sports, il participa à écrire, littéralement, les fondements de notre République nouvelle.
Drapeau, hymne, institutions : il fut de ceux qui ont donné une forme visible à l’espérance d’un État africain.
Nommé ministre de la Défense en 1961, il géra l’armée naissante avec rigueur, loyauté, et un profond sens républicain.
Mais l’histoire africaine n’est jamais linéaire, et les plus fidèles peuvent être engloutis par les reflux du pouvoir inquiet.
En 1963, il est accusé de complot, arrêté, jugé, condamné à mort. Le silence, dès lors, devient sa dignité.
Emprisonné à Yamoussoukro, il attend. Il est gracié. Sort. Ne crie pas. Il ne s’aigrit pas.
Le silence fut, chez lui, une manière de parler autrement : avec la stature de ceux que rien n’abîme entièrement.
Le pays qu’il a servi l’a rappelé. En 1981, Houphouët le rappelle : de nouveau ministre de la Défense.
Durant près de dix ans, il incarne la stabilité, la mesure, l’efficacité sans bruit. Jamais homme de clans, ni d’intrigues.
À Yamoussoukro, il devient maire. Puis ministre résident. Il connaît chaque pierre, chaque route, chaque silence de la ville.
Il fut, jusqu’au bout, un homme de parti, mais plus encore : un homme de nation, de cohésion, d’équilibre profond.
Frère de Charles Konan Banny, il soutint sans tapage sa candidature présidentielle : une fidélité politique et familiale indissociable.
Son retrait de la vie publique ne fut pas une fuite : il investit dans l’agriculture, la transformation, la production locale.
Il croyait à l’économie réelle. Croyait que la terre et le fruit pouvaient nourrir la fierté d’un pays.
En mai 2018, il meurt. À Cocody. Paisiblement. Comme s’éteint une lampe ancienne, que la nuit respecte et entoure.
Aujourd’hui, en ce 14 juillet, il aurait eu quatre-vingt-dix-sept ans. Il aurait parlé, sûrement, avec lenteur, et gravité fraternelle.
Nous lui rendons hommage non par nostalgie, mais pour que l’Afrique n’oublie pas ses lignes de force. Ses voix justes.
Jean Konan Banny fut de ces hommes qu’aucune prison ne réduit, qu’aucun oubli ne diminue. Il appartient à notre socle.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

