11 novembre: Charles Konan Banny, l’homme d’un jour de silence aux armes

4 semaines

Il aurait eu 83 ans ce 11 novembre 2025. Né un jour de mémoire et de paix, il revendiquait fièrement sa détestation de la guerre.

Comme si sa naissance même, un 11 novembre, portait en elle un serment de réconciliation.

De Divo à Neuilly-sur-Seine, de la BCEAO à la Primature, Charles Konan Banny aura incarné l’exigence du dialogue. La rigueur de l’économie et la noblesse du service public.

Le 11 novembre 1942, tandis que le monde bruissait encore du fracas des armes, naissait à Divo un enfant qui, toute sa vie durant, refuserait la logique du conflit. « Je n’aime pas la guerre », confiait-il souvent, comme une profession de foi. Lui qui voyait dans la diplomatie, la concertation et la raison économique les seuls véritables chemins du progrès.

S’il vivait encore, Charles Konan Banny aurait soufflé, ce 11 novembre 2025, ses 83 bougies. Mais son héritage, lui, continue de brûler dans la mémoire d’une Côte d’Ivoire qu’il a servie sans relâche. Entre rigueur technocratique et humanisme politique.

Des racines à Divo à l’élite internationale

Issu de la grande famille Banny, Charles était le fils de François Konan Banny Sr, frère cadet du ministre. Et compagnon de route de Félix Houphouët-Boigny, Jean Konan Banny. Cette lignée d’administrateurs et de bâtisseurs, nourrie aux valeurs du service public, fit de lui un homme du devoir. Profondément attaché à la nation ivoirienne.

Après un parcours à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), à Paris, il entame en 1969 une carrière prometteuse à la Caisse de stabilisation des prix agricoles (Caistab). Véritable poumon de l’économie ivoirienne postindépendance. En 1970, il rejoint l’Organisation interafricaine du café (OIAC): Il y devient secrétaire général, avant d’intégrer la BCEAO, la prestigieuse Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, en 1976.

Le banquier devenu gardien de l’équilibre africain

D’abord directeur national pour la Côte d’Ivoire. Puis gouverneur par intérim à la suite d’Alassane Ouattara, Charles Konan Banny accède en 1994 au poste de gouverneur en titre de la BCEAO, qu’il occupera jusqu’en 2005.
Homme de chiffres, certes, mais surtout homme de confiance, il fut de ceux qui veillèrent à la stabilité du franc CFA dans une Afrique en quête de repères économiques et politiques.

Sous sa gouvernance, la BCEAO consolida son rôle d’institution fédératrice, incarnant cette vision d’une Afrique de l’Ouest économiquement solidaire. Les critiques qui accompagnèrent certaines initiatives de la Banque ne ternirent pas son image d’homme rigoureux, stratège, profondément attaché à la cohésion régionale.

Un Premier ministre au cœur de la tempête

En décembre 2005, alors que la Côte d’Ivoire était déchirée par la crise politico-militaire, Charles Konan Banny est appelé à la Primature. Sa nomination, à la fois saluée et redoutée, traduisait la volonté d’une figure neutre, au-dessus des partis, pour ramener la paix.
Il forma un gouvernement d’ouverture, tenta de restaurer la confiance entre les factions, de rétablir les institutions, de préparer des élections apaisées.

Lors de l’affaire des déchets toxiques de 2006, il incarna la responsabilité d’État en présentant sa démission. Immédiatement refusée par le président Laurent Gbagbo. Ce geste rare, presque symbolique, montrait son sens aigu de la responsabilité politique, dans un pays où la démission est souvent considérée comme une faiblesse.

La réconciliation comme ultime combat

Après la crise postélectorale de 2010-2011, Alassane Ouattara le nomma à la tête de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR).
L’ancien banquier se fit alors pédagogue de la paix, prêchant la parole apaisée, tendant la main aux rancunes et aux blessures. Son style, mesuré, réfléchi, souvent jugé trop prudent, traduisait pourtant sa conviction profonde. La Côte d’Ivoire ne se reconstruira pas par la vengeance, mais par la mémoire partagée.

Sa candidature à l’élection présidentielle de 2015, sous la bannière de la Coalition nationale pour le changement, fut celle d’un homme fidèle à sa conscience plus qu’à une ambition. Son retrait, avant le premier tour, dénonçant une « mascarade électorale », fut le dernier acte politique d’un homme qui refusait la compromission.

Un départ discret, une empreinte durable

En septembre 2021, emporté par le Covid-19 à Neuilly-sur-Seine, Charles Konan Banny laissait orphelin un pan de la conscience ivoirienne. L’ancien gouverneur, le Premier ministre, le réconciliateur s’en allait dans un silence digne. Fidèle à ce qu’il avait toujours été : un homme de mesure et d’équilibre.

Deux ans plus tard, en 2023, la République reconnaît sa contribution en donnant son nom au stade de Yamoussoukro. Un symbole fort, tant le sport, pour Banny, représentait le dépassement et l’unité des peuples.

Un héritage de paix et de raison

Charles Konan Banny aimait répéter que « l’économie n’a de sens que si elle sert la paix ».
En cela, il fut un héritier fidèle de Félix Houphouët-Boigny. Bâtisseur d’institutions, artisan du dialogue, croyant inlassable en la force du travail et du consensus.

Ce 11 novembre 2025, date à la fois de son anniversaire et de l’armistice, rappelle à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique tout entière qu’il est des naissances qui portent en elles des messages éternels.
Le sien disait ceci : quand le monde se bat, il faut choisir de parler ; quand le pays se divise, il faut choisir de bâtir.

Hommage à l’homme du 11 novembre

Il aurait eu 83 ans.
Et peut-être, s’il était encore parmi nous, aurait-il regardé la jeunesse ivoirienne droit dans les yeux pour lui dire :

« N’aimez pas la guerre. Aimez la parole, la paix, la vérité. Car rien ne dure sans dialogue. »

JULIEN BOUABRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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