Brique 15: Ce que l’on sait de la chorégraphie politique de Léonce Noah

8 mois

Le chorégraphe et sa compagnie Danse de Passage étaient en résidence de recherche-création du 3 au 13 juillet dernier au Centre de développement artistique Dumanlé Le Baobab à Oumé.

Satire dans tous les sens. C’est le ressenti à l’aperçu de Brique 15, la pièce chorégraphique performative en cours de création. Et objet d’une résidence de recherche de dix jours. Début juillet, au Centre de développement artistique Dumanlé Le Baobab à Oumé.

Issu de la rue, le chorégraphe Léonce Noah développe dans cette création un regard critique sans complaisance sur le vécu de la frange marginale. Les laissés-pour-compte de la société ivoirienne en ces temps de grand brouhaha sociopolitique. Ces marginaux, c’est le peuple dans son essence. Les sans-voix, les gagne-petit, les souffre-douleur, les sans-dents, etc.

Du Broukabrou Relâche, son art composite mêlant des éléments hétéroclites du danseur et de son environnement. Léonce Noah alias Gbô La Légende structure une danse pour quatre interprètes qui joue de l’abstrait. D’un côté, le dirigeant qui prend des mesures à l’emporte-pièce, nourries par l’égocentrisme plutôt que par l’intérêt général. De l’autre, le peuple qui en supporte la croix et la bannière.

Ironie du sort : ce même peuple prête le flanc à un tel sort, buvant de bon cœur le calice qui lui est servi.

Au centre de cette danse de zombies : la Brique 15, dont la lourdeur matérialise le poids de nos errements et turpitudes. La douleur de nos… lourdeurs. Léonce Noah est à la fois futile et pertinent dans l’idée et le geste qu’il fait adopter aux interprètes. Un zouglou décalé, un moment de protestation vagabonde.

« On a le pouvoir à dos. Alors que c’est lui qui doit nous porter sur son dos (nous satisfaire) en principe ». Dénonce le créateur urbain.

Ainsi va la chorégraphie indisciplinée de cette « pièce chaotique » qu’envisage le chorégraphe. Ce dernier est détenteur du master E.X.E.R.C.E, programme ICI-CCN de l’université Paul-Valéry de Montpellier. Cette « danse politique pour le jeune Africain qu’(il est) » brocarde, avec ses propres codes. Les injustices et les « injustesses » d’un système de démocrature.

Un système inique, également, où l’opprimé participe paradoxalement à sa propre exploitation.

Bref, le work in progress de dix jours au centre Dumanlé, Le Baobab aura permis au chorégraphe d’avoir « une ligne claire et visible » sur ce vers quoi il souhaite aboutir.

Sur le plan de la recherche académique, Brique 15 manifeste l’idée de fond de Léonce Noah. Attirer l’attention des décideurs culturels du pays sur le caractère pratique et opérant du laboratoire performatif.

« Je suis un autodidacte à la base. Mais cela n’a pas empêché le programme E.X.E.R.C.E de m’accorder une bourse pour académiser mon travail de recherche et le structurer dans un laboratoire », plaide le jeune chorégraphe.

Il s’agit pour lui de revendiquer des curricula, dans l’administration culturelle ivoirienne, identiques à ceux du centre de Montpellier. Afin d’agréger et de canaliser les pieds habiles qui ont pignon sur rue dans le pays…

Avant sa première prévue en janvier 2026, lors du prochain laboratoire du chorégraphe, on présentera Brique 15 dans sa forme actuelle. Avec les quatre interprètes de Danse de Passage: Telie Roland, Ya Emmanuel, Aristide Yohou et Cyrille Gueu. Ce sera sur les plateaux découverte des festivals Un Pas Vers l’Avant (le 13 septembre 2025 au Centre culturel d’Abobo). Et Afrik Urbanarts au mois de novembre.

Aaron LESLIE

OPINIONS

LIBANAIS, PAS « LIBOULS ».

Dimanche 29 mars 2026, les artères des quartiers de la Zone 4 et de Marcory résidentiel, fidèles à leur effervescence habituelle, regorgeaient

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