Alors que la présidentielle approche, la formation des journalistes se veut rassurante. Mais quand l’éthique vacille, l’information devient une arme.
Une presse mal encadrée, subjective ou manipulée, peut gravement menacer la démocratie.
La Côte d’Ivoire prépare sa présidentielle. L’enjeu dépasse les urnes : la presse devient un acteur central du processus électoral.
À San Pedro, une formation regroupe journalistes et animateurs régionaux, dans l’espoir d’encadrer la couverture des prochaines élections présidentielles.
Mais derrière ces ateliers, une inquiétude plus profonde persiste : que faire face aux dérives d’un journalisme partisan et engagé ?
Quand un micro sert un candidat, quand une plume déforme un fait, l’information devient poison, et la paix vacille.
Les journalistes ne sont plus seulement témoins : mal encadrés, certains deviennent des acteurs politiques masqués, guidés par leurs affinités.
Des voix anonymes diffusent de fausses informations, des comptes influents manipulent les masses sans être inquiétés par les autorités compétentes.
La formation de San Pedro est conduite par des experts, mais les vraies batailles se jouent ailleurs : sur le terrain.
Certains journalistes suivent une éthique rigoureuse, mais d’autres cèdent aux pressions, aux financements occultes ou aux discours de haine.
Des consignes ont été données : éviter les interviews dans les bureaux de vote, obtenir l’autorisation avant chaque photo.
Mais qu’en est-il des dérives plus subtiles, comme l’omission d’un fait ou la mise en scène d’un récit biaisé ?
L’objectivité journalistique est aujourd’hui menacée, dans un climat où chaque mot devient un levier politique potentiellement explosif.
Les ateliers sont organisés par l’Union européenne, via le projet AHEAD, avec l’objectif affiché d’élections crédibles et apaisées.
Derrière ce noble objectif, des fissures apparaissent : certains médias favorisent ouvertement des candidats, parfois au mépris des règles établies.
Adina Borcan (EPD), Assouman Kouassi (ANP), Koné Siméon (HACA) et Diarrassouba Adama (CEI) appellent à la responsabilité, mais les sanctions sont rares et souvent trop tardives.
À quelques semaines du scrutin, des rédactions croulent sous les communiqués orientés, les invitations ciblées et les menaces voilées.
Le journalisme d’enquête peine à s’imposer, noyé sous les pressions économiques et les intérêts des bailleurs ou des partis.
On forme à la rigueur, mais le terrain impose souvent l’opportunisme, la précipitation, voire l’autocensure.
Les journalistes locaux, parfois isolés, manquent de moyens pour vérifier les faits, et se tournent vers les réseaux sociaux.
Or, les réseaux amplifient la rumeur, donnent de l’écho aux provocations, et polarisent encore davantage une opinion fragilisée.
Il ne suffit pas de prêcher l’éthique : il faut aussi en créer les conditions concrètes et les mécanismes de protection.
Certains participants confessent leur malaise : comment rester neutre quand son média appartient à un soutien déclaré d’un candidat ?
La neutralité n’est pas un slogan, mais un combat quotidien, souvent perdu d’avance pour ceux sans formation ni appui juridique.
Le programme de l’Union européenne prévoit d’autres sessions, à Bouaké, Korhogo et Man, mais leur efficacité reste à prouver.
Le journalisme électoral n’est pas une simple technique : c’est un engagement civique au service de la vérité et du débat.
Quand la presse devient propagande, le citoyen perd ses repères, et la démocratie s’effondre sous le poids de la manipulation.
Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de résister : à la désinformation, aux pressions et à la tentation du parti pris.
La présidentielle de 2025 ne sera pas seulement gagnée dans les urnes, mais aussi dans les lignes écrites et diffusées.
Une presse libre est le pilier de l’élection. Une presse instrumentalisée en est la pire ennemie.
MARIE GNIALET
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

