M. Mbougar Sarr : « être Africain, c’est affronter l’injustice, la dépendance et les humiliations modernes »

9 mois

Prix Goncourt 2021, l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr critique la manipulation de l’histoire coloniale et dénonce la domination politique persistante.

Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais et prix Goncourt 2021, alerte contre les usages politiques de l’histoire coloniale.
Il appelle à une vigilance critique face à la mythification du passé, souvent utilisée pour justifier des discours idéologiques actuels.
Né à Dakar, il a étudié à Saint-Louis-du-Sénégal, puis s’est installé en France, où il vit encore aujourd’hui.
En 2025, être Africain signifie selon lui vivre sous de fortes menaces sécuritaires, politiques, économiques et écologiques constantes.


Il dénonce une Afrique encore dépendante des décisions et des aides que veulent bien accorder les pays dits riches.
Il évoque avec amertume la scène de cinq présidents africains reçus à Washington par Donald Trump, le 9 juillet.
Ces chefs d’État du Liberia, Sénégal, Mauritanie, Guinée-Bissau et Gabon ont plaidé leur cause dans une posture humiliante.

Ils tentaient de convaincre Trump de l’utilité de leurs pays dans une rencontre centrée sur sécurité et investissements.


Cette mise en scène, selon Sarr, avait des relents coloniaux et révélait la fragilité politique de ces dirigeants.
Le spectacle de ces présidents figés, cherchant à séduire les États-Unis, l’a profondément choqué et attristé.
Mohamed Mbougar Sarr a reçu le prix Goncourt pour La Plus Secrète Mémoire des hommes, en 2021.
Il est le premier auteur d’Afrique subsaharienne à recevoir ce prix, et le plus jeune depuis 1976.


Son roman, ambitieux et dense, a été coédité par Philippe Rey (France) et Jimsaan (Sénégal), deux petites maisons.
Ce texte n’était ni le plus accessible ni le plus attendu, mais il a impressionné par sa force narrative.
Il l’a emporté dès le premier tour face à Christine Angot, Sorj Chalandon et Louis-Philippe Dalembert.
La presse présentait La Plus Secrète Mémoire des hommes comme favori, ce qui s’est confirmé avec le vote.


L’auteur, encore discret dans les médias, a séduit par sa pensée critique et sa posture intellectuelle engagée.
À travers ses mots, Sarr questionne le rapport de l’Afrique au monde, à la mémoire et à la domination.
Il incarne une nouvelle génération d’écrivains africains, à la fois lucides, exigeants et ancrés dans l’universel.

HARON LESLIE

photo:dr

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