Prix Goncourt: Les lycéens choisissent le courage : triomphe d’Appanah

2 semaines

Le roman de Nathacha Appanah, porté par trois récits féminins déchirants, s’est imposé avec force auprès des jeunes lecteurs français.

Le jury réuni à Rennes a annoncé que Nathacha Appanah remportait le Prix Goncourt des lycéens 2025 pour La Nuit au cœur.
Quelques semaines après une victoire au Prix Femina, l’autrice signe un doublé littéraire salué dans tout l’espace francophone avec une émotion sincère.
Au téléphone, elle a remercié les jeunes lecteurs en soulignant la valeur immense d’un tel soutien profondément inattendu pour elle.

Le roman raconte trois destins féminins brisés par des violences masculines répétées, révélant les cicatrices laissées par l’emprise quotidienne.
Chahinez Daoud, assassinée par son conjoint en 2021, devient une figure centrale montrant l’horreur subie par tant de femmes.

Emma, la cousine de l’autrice, rappelle un féminicide survenu en 2000, longtemps resté silencieux au sein de sa famille.


Appanah évoque également sa propre fuite, à vingt-cinq ans, devant un compagnon dangereux qui menaçait son équilibre mental.
Ces trois trajectoires s’entremêlent pour interroger la domination intime, l’effacement forcé et la lente reconstruction après l’indicible violence.

Une lycéenne porte-parole a expliqué que la classe avait été bouleversée par la précision poétique du texte extrêmement percutant.
Les élèves ont reconnu dans ce récit une écriture fragile et tendue, capable d’exposer la souffrance sans jamais l’exploiter inutilement.
L’autrice raconte les tourments intérieurs par petites touches, révélant les respirations, les silences et les résistances invisibles des survivantes.
La construction fragmentée du roman reproduit les éclats d’une existence brisée, donnant à chaque voix une intensité singulière.
Cette forme souligne la vulnérabilité des protagonistes tout en affirmant leur dignité intacte malgré des violences profondément destructrices.

Près de deux mille lycéens, issus de cinquante-sept établissements, ont lu et débattu longuement autour des œuvres finalistes sélectionnées.


Leur choix s’est porté sur un texte qu’ils jugent indispensable pour comprendre les violences encore présentes dans leur environnement quotidien.
Les jeunes lecteurs y retrouvent leurs questions sur la famille, les secrets persistants et les relations où la peur se glisse insidieusement.
Les rencontres avec l’autrice ont contribué à ce choix, car elle y présentait l’écriture comme une force essentielle de réparation.
Son affirmation que « raconter, c’est déjà survivre » a profondément marqué plusieurs jurés particulièrement sensibles à cette démarche.

La remise du prix devait avoir lieu à l’Élysée en présence de jeunes délégués représentant la diversité des établissements participants.
Cet événement, organisé par la FNAC et l’Éducation nationale, offre chaque année une visibilité exceptionnelle à l’ouvrage récompensé.
Le lauréat voit souvent ses ventes exploser, donnant au texte choisi une résonance nationale dépassant les cercles habituels de lecteurs.
L’an dernier, le prix avait couronné Sandrine Collette, confirmant la place essentielle de ce dispositif dans la vie littéraire.

HARON LESLIE

photos: dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

Goncourt 2025: Laurent Mauvignier, avec « La Maison vide » succède à Kamel Daoud

Le romancier Laurent Mauvignier remporte le prix Goncourt 2025 avec La Maison

M. Mbougar Sarr : « être Africain, c’est affronter l’injustice, la dépendance et les humiliations modernes »

Prix Goncourt 2021, l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr critique la manipulation de