Serge Kassy : “Blé Goudé ne peut pas se présenter si Gbagbo… »

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Figure politique, militant historique, homme de mémoire et d’engagement, Serge Kassy revient sur son rôle décisif dans la naissance et la consolidation de la FESCI.

Il évoque son lien ancien avec Laurent Gbagbo, sa lecture de la gauche ivoirienne actuelle et lance un avertissement fraternel à Charles Blé Goudé. Un témoignage d’une mémoire vivante, sans filtre, mais chargée de fidélité.

« Je m’appelle Serge Kassy. Et si l’histoire de la FESCI devait être dite sans contorsion, sans effacement, sans petits arrangements, il faudrait commencer par reconnaître ceci : j’ai été son parrain incontesté, et incontestable.

J’ai présidé le congrès qui porta Charles Blé Goudé à la tête du mouvement. Tous les présidents de la FESCI qui ont succédé à Ahipeaud Martial, je les ai parrainés. Tous, sans exception. Je les ai accompagnés. Je les ai orientés. Et c’est moi qui les ai conduits, un à un, vers Laurent Gbagbo, que je connais et fréquente depuis le début des années 1990.

Qu’on ne s’y trompe pas : ils sont petits dans cette affaire. Pas par leur taille, mais par leur place dans la généalogie du combat.

Ce combat étudiant, je l’ai porté dans ma chair.

J’en garde des cicatrices, une trace indélébile sur le bras. J’ai failli y laisser ma vie, un jour, à Yopougon. Ce n’était pas du théâtre. C’était une lutte.

Je suis même passé sur la télévision nationale pour dire publiquement à Félix Houphouët-Boigny que cette jeunesse ne méritait pas le mépris, ni la répression. Je n’ai jamais fui la parole. Et dans l’opposition, à l’époque, quand il fallait que les lignes bougent, j’ai facilité les rencontres, noué les fils, assuré les convergences.

Blé Goudé est arrivé plus tard. Il a fait son chemin. Il a marqué les esprits. Mais qu’il n’oublie pas d’où il vient. Aujourd’hui, Gbagbo arrive à son dernier acte politique, celui de 2025. Et Blé Goudé, lui-même, a déclaré que si Gbagbo est candidat, il ne se présentera pas. Il ne peut donc pas aller jusqu’à là, sans renier sa propre parole.

Il suit sa voie, c’est son droit. Mais qu’il sache discerner ce qui, dans la vie, relève du sacré. Il y a des loyautés fondamentales qu’on ne piétine pas sous prétexte de stratégie.

Je vois la diversité actuelle entre le MGC, le COJEP, le FPI, le PPA-CI. Certains y voient une dispersion, moi j’y vois la richesse d’une gauche ivoirienne plurielle, en construction. C’est notre force, si nous savons l’organiser.

Enfin, je suis Akan. Et quand mes parents ne s’entendent pas, j’observe, je respecte, je n’interviens pas. Mais je n’oublie jamais d’où je viens, et avec qui le chemin a commencé. »

ETHAN GNOGBO

photo:dr

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