Derrière leurs oppositions historiques, certains résultats obtenus sous Alassane Ouattara rappellent paradoxalement des ambitions longtemps défendues par Laurent Gbagbo.
L’histoire politique réserve parfois des paradoxes que les acteurs eux-mêmes n’auraient probablement jamais imaginés auparavant.
En novembre 2004, les relations entre la Côte d’Ivoire et la France connaissent une détérioration spectaculaire et durable.
La destruction de l’aviation militaire ivoirienne par l’armée française provoque alors une profonde onde de choc.
Cette décision intervient après le bombardement d’un camp français à Bouaké par les forces ivoiriennes nationales.
Dans les rues d’Abidjan, des milliers de jeunes manifestants réclament alors le départ des forces françaises présentes.
La mobilisation populaire s’intensifie rapidement sous l’impulsion des mouvements patriotiques proches du pouvoir de l’époque.
Les affrontements, pillages et violences qui suivent causent plusieurs victimes et marquent durablement les mémoires collectives.
Pourtant, malgré cette contestation, la présence militaire française demeure une réalité pendant encore plusieurs années supplémentaires.
La crise postélectorale de 2010 modifie ensuite profondément les rapports de force politiques et militaires nationaux.
Quinze années plus tard, un autre tournant intervient sous la présidence d’Alassane Ouattara avec davantage de sérénité.
Le 20 février 2025, le départ officiel des forces françaises du 43e BIMA est effectivement acté.
La base militaire change également d’identité en recevant désormais le nom du général Thomas d’Aquin Ouattara.
Parallèlement, plusieurs espaces publics abandonnent progressivement certaines références héritées de l’époque coloniale française nationale.
Des boulevards, avenues et infrastructures adoptent désormais les noms de personnalités ivoiriennes emblématiques reconnues nationalement.
Cette évolution s’opère sans tensions majeures ni rupture diplomatique ouverte entre Abidjan et Paris aujourd’hui.
Dès lors, une interrogation politique demeure légitime pour de nombreux observateurs de la vie publique.
Et si Alassane Ouattara avait finalement concrétisé, à sa manière, certaines aspirations autrefois portées par Laurent Gbagbo ?
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

