Alors qu’on l’attendait en septembre prochain aux élections présidentielles de la FIF, le président du RCA a décidé de ne pas concourir, à la surprise générale.
Choix tactique ou abandon d’une ambition ? Analyse.
À quelques encablures de la présidentielle à la tête de la maison de verre de Treichville, les rumeurs sur son retrait alimentaient les conversations, qui plus est avec le ralliement de Malick Tohé à la candidature du président sortant, Idriss Diallo. Les rencontres officieuses ont donc accouché d’une entente. De fait ou de dupes ? Qu’à cela ne tienne, le duo Diallo-Tohé ira coude à coude et seul : c’est acté !
Un nouveau ticket qui rebat les cartes tout en plantant le décor d’un processus joué d’avance.
La nomenclature électorale du football ivoirien obéit à une dynamique implacable : les allégeances. Aussi, il y a du pragmatisme, la lecture saine des forces et des chances en présence. Si la majorité des clubs de D2 et D3 ont vu dans son programme les prémices d’une révolution, ceux de la première division semblaient plus réticents à basculer dans le nouveau monde.
Également, certains groupements et associations, trop frileux à l’idée de perdre leurs privilèges et la magnanimité du comité exécutif.
Ajoutez à cela le jeu des alliances qui, mathématiquement, rendait la victoire difficile pour le président du RCA.
Autant d’équations à plusieurs inconnues qui expliquent partiellement ce repli, mais qui, en outre, interpellent sur la particularité du collège électoral et ses réelles aspirations. Ils se plaignent des subventions insuffisantes, de la précarité structurelle qui les accable, mais redonnent le quitus à la même équipe dirigeante avec une ferveur décuplée. Allez-y comprendre quelque chose !
Il y a des paradigmes qui ont la peau si dure que, pour creuser cet abcès, il faudrait mobiliser plus qu’une simple stratégie institutionnelle. C’est un autel subtil qui convoque de la méthode et des concessions. Pas celles qui compromettent, mais celles qui, en revanche, repositionnent l’ambition.
« Je ne pouvais pas travailler hier avec des personnes dont je ne partageais pas la vision, je ne pourrai pas davantage le faire demain », clame-t-il sans équivoque.
Cissé estime que sa vision est aux antipodes de celles de ses concurrents. Il semble donc utopique d’espérer une « grande union sacrée ».
Au regard du timing de son retrait, il semble toutefois logique de soupçonner un deal officieux. Comment comprendre qu’un projet aussi bien élaboré sur la durée puisse connaître un arrêt aussi prématuré, juste avant l’échéance ?
Quand on connaît un peu l’homme, son intransigeance et sa rigueur clinique, on peut douter d’un quelconque arrangement. Tout de même, les questions sont légitimes, les fantasmes aussi.
Il préfère, selon ses termes, la responsabilité à la confrontation, le recul à la précipitation… Une élection est une confrontation en soi ; tout est dans la connotation qu’on lui donne.
Le football ivoirien connaît déjà un schisme ambiant. On ne peut pas vouloir une transformation sans rompre avec l’ancien ordre, donc sans faire des mécontents.
L’argument semble léger et profile la langue de bois.
Mieux se préparer pour affronter une digue, en revanche, stipule la prévoyance. C’est une qualité que de connaître ses axes d’amélioration et de revenir plus fort.
« Une élection est une échéance, un engagement plus long… Il fallait privilégier l’essentiel », a-t-il estimé.
L’essentiel ? Lequel ? Cette léthargie ?

Dans son livre Le Foot que nous méritons, il dresse un diagnostic tellement exact du marasme footballistique ivoirien qu’il plaide implicitement pour l’urgence d’une candidature de rupture. Si bien qu’on conçoit difficilement ce désir de préserver cet essentiel si hypothétique.
Sûrement que Cissé Souleymane vient de percevoir de plus près l’ampleur de la tâche en termes de réforme et de refonte, ainsi que tout l’espoir que son engagement suscite.
Par conséquent, il dispose de quatre ans pour mieux aiguiser son projet. Tout en espérant, pour cette fois, que le président du Racing Club d’Abidjan proposera mieux qu’une feinte diplomatique.
Éric Oulla
POUVOIRS MAGAZINE

