Anthôman : il choisit la guerre pour ne pas mourir vivant.

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Avec Anthôman, son tout dernier long métrage, Jacques Trabi transforme une quête d’honneur en méditation profonde sur la dignité, la mémoire et les blessures invisibles des sociétés africaines.

Le 30 juillet, le public découvrira une œuvre où la guerre n’est jamais le véritable ennemi.

Anthôman pourrait se résumer en une phrase. Certains fuient la guerre, lui décide d’y entrer. Pourtant, cette guerre n’est pas celle que l’on croit. Elle commence bien avant les combats, dans le regard des autres, dans le soupçon, dans cette condamnation silencieuse qui transforme un innocent en coupable sans jugement.

Le réalisateur Jacques Trabi signe ici un récit initiatique où le champ de bataille n’est plus seulement une terre de conflits. Mais un espace de révélation intérieure, un lieu où un homme affronte ses propres abîmes pour reconquérir ce qu’aucune arme ne peut offrir : la vérité de son nom et la grandeur de son honneur. Son héros ne court pas vers la mort. Il refuse simplement de continuer à vivre amputé de son nom. Comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Lorsqu’un homme perd son honneur, il perd souvent jusqu’au droit d’être entendu.

Cette idée traverse l’histoire du cinéma.

Dans Le Pont de la rivière Kwaï, l’honneur devient obsession. Avec Les Sept Samouraïs, il justifie le sacrifice. Chez de nombreux westerns, il pousse des hommes à affronter une mort presque certaine. Le cinéma africain, lui aussi, revient sur cette tension entre la communauté, la tradition et le destin individuel. De Yeelen à Guimba, un tyran, une époque, les personnages avancent toujours entre héritage collectif et responsabilité personnelle. Anthôman s’inscrit dans cette filiation mais sans jamais l’imiter.

Le film de Trabi puise sa force dans la culture gouro sans jamais la réduire au folklore. Les tambours, la danse, les rites et les croyances ne décorent pas le récit. Ils structurent une pensée, rappellent que dans de nombreuses sociétés africaines, la vérité ne dépend pas uniquement des preuves. Elle dialogue aussi avec la mémoire des anciens, avec la parole des communautés et avec les exigences de la conscience.

Cette profondeur donne au récit une portée universelle.

Car chacun connaît, un jour, une forme de guerre intime. Il arrive que l’on survive à un accident, à une injustice ou à une accusation. Reste ensuite la plus difficile des batailles : convaincre le monde, mais surtout se convaincre soi-même, que l’on demeure digne.

Depuis près de trente ans, Jacques Trabi construit une œuvre fidèle à cette interrogation.

À une époque dominée par la vitesse, les images jetables et les émotions instantanées, Anthôman revendique une autre temporalité.

Le 30 juillet à 18h, au Pathé Cap Sud de Marcory, Jacques Trabi ne présentera pas seulement un nouveau long métrage. Il proposera une expérience. Celle d’un homme qui comprend qu’il existe un destin plus terrible que la mort : continuer à respirer après avoir perdu son honneur.

Voilà pourquoi Anthôman mérite d’être découvert sur grand écran. Certains films divertissent. D’autres restent. Anthôman pourrait bien faire les deux.

ALEX KIPRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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