ANTHÔMAN : Jacques Trabi transforme une tragédie africaine en épopée cinématographique

1 mois

Le 30 juillet prochain, au cinéma Pathé Cap Sud Marcory, Jacques Trabi ne présentera pas simplement un nouveau long-métrage.

Il nous invitera à une traversée où amitié, honneur et tradition se heurtent à l’Histoire. Avec Anthôman, le cinéaste confirme une fois de plus qu’il est l’un des rares réalisateurs ivoiriens capables d’allier ambition artistique, exigence narrative et fidélité à un cinéma profondément africain.

Chaque nouveau projet est, avec Jacques Trabi, un rendez-vous.

Parce qu’il possède une qualité devenue rare : il va toujours jusqu’au bout de ses ambitions.

Cette constance explique sans doute la confiance renouvelée que lui accordent ses partenaires institutionnels. Le ministère de la Culture, le CNAC, le FONSIC, l’Union européenne ou encore TV5 Monde ne soutiennent pas seulement un réalisateur. Ils accompagnent une vision du cinéma, celle d’un auteur qui inscrit chacune de ses œuvres dans le temps long.

Le 30 juillet, cette fidélité au cinéma d’auteur prendra un nouveau visage avec la première d’Anthôman. (pour l’honneur en gouro)

Mais réduire Anthôman à son intrigue serait lui rendre un mauvais service.

Car le film raconte moins une histoire qu’il n’interroge une civilisation.

Au commencement, il y a deux hommes que tout unit. Leur complicité est si forte qu’elle semble relever de l’évidence. L’un fait parler les peaux des tambours avec une virtuosité rare. L’autre donne au corps la grâce de la danse. Ils incarnent deux expressions d’une même harmonie.

Puis survient l’irréparable. Un accident. Une disparition.

Et avec elle, une question que les sociétés humaines ne cessent de se poser depuis toujours : comment prouver son innocence lorsque le doute s’installe plus vite que la vérité ?

Dans Anthôman, la justice ne se limite pas aux hommes. Elle dialogue avec les croyances, les rites, les traditions et les représentations collectives. Là où les preuves échouent à convaincre, la communauté convoque un autre langage, celui des anciens. Et lorsqu’il ne reste plus que l’honneur à sauver, le destin individuel rejoint la grande Histoire.

Le parcours du personnage principal qui porte le récit bascule alors dans une quête. La guerre y devient moins un champ de bataille qu’une épreuve initiatique. Le front n’est plus seulement un lieu où l’on combat l’ennemi. Il devient le tribunal ultime où un homme espère reconquérir son nom.

Cette manière de mêler l’intime au collectif rappelle que Jacques Trabi ne filme jamais des personnages isolés. Il filme toujours des hommes traversés par leur époque.

Et c’est précisément là que réside la force de son cinéma.

Depuis ses débuts, Jacques Trabi construit une filmographie cohérente où les destins individuels révèlent les fractures sociales.

Dès Bouzié (À ma mère), son premier court-métrage couronné au FESPACO en 1997, il révélait déjà une attention particulière aux liens entre mémoire, famille et territoire.

Avec Bol d’amour, sélectionné au prestigieux Festival International de Programmes Audiovisuels (FIPA), il confirmait un regard sensible sur les émotions humaines.

Puis vint L’Amour en bonus, comédie romantique où les retrouvailles d’un couple après une longue séparation servaient de prétexte à une réflexion sur le temps et les sentiments.

Mais c’est sans doute Sans regret, récompensé notamment par le Prix spécial du jury au Festival du film africain de Louxor, qui a définitivement installé Jacques Trabi parmi les cinéastes ivoiriens et africains qui comptent. Derrière le parcours d’un père de famille campé par Michel Bohiri contraint de franchir les limites de la légalité pour sauver les siens, le réalisateur dressait un portrait bouleversant d’une société où la nécessité devient parfois plus forte que la morale.

Cette fidélité aux personnages explique aussi la fidélité de ses acteurs.

Chez Jacques Trabi, le casting n’est jamais un hasard. Il est une famille artistique.

Mahoula Kané, Prisca Marceleney… mais aussi Amon Koffi, Claude Séa, autant de comédiens que le réalisateur retrouve au fil de ses créations. Parce qu’une confiance patiemment construite vaut souvent mieux qu’un simple choix de distribution. Cette complicité se ressent à l’écran : elle donne aux regards une vérité et aux silences une densité que l’on ne fabrique pas.

À leurs côtés, Jean-Christophe Taton, acteur notamment remarqué dans Détaché, vient enrichir cette distribution par une présence singulière qui élargit encore l’horizon du film.

À l’heure où le cinéma africain revendique de plus en plus fortement son identité sur les écrans du monde, Anthôman apparaît comme une œuvre qui regarde son histoire sans folklore et sa culture sans caricature. Il ne cherche pas à illustrer des traditions, mais à les interroger. Il ne transforme pas le passé en décor, il en fait une matière vivante.

Le 30 juillet à 18h, le public découvrira plus qu’un film. Il découvrira une œuvre qui pose une question universelle : jusqu’où un homme est-il prêt à aller pour que son honneur survive au soupçon ?

Et c’est souvent à cette capacité de transformer une histoire locale en émotion universelle que l’on reconnaît les bons et compétents cinéastes.

Jacques Trabi, une fois encore, a choisi ce chemin.

ALEX KIPRE

photos: dr

Titre: Anthôman

Réal: Jacques Trabi

Durée : 1h30

Format : Long Métrage

Genre : aventure

Type : Fiction

Année : 2026

Salle de grande première : Pathé de cap Sud Marcory Côte d’Ivoire 30 juillet 2026 18h

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