Azuretti : faut-il attendre un mort pour bitumer la route du cimetière ?

4 semaines

À Grand-Bassam, les familles qui accompagnent leurs proches à leur dernière demeure sont confrontées à une route défoncée, à des tensions avec des riverains.

Et à une humiliation qui aurait dû alerter les pouvoirs publics depuis longtemps. Combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que l’État ne considère cette route comme une urgence nationale de dignité ?

ON ATTEND QUOI?

La route d’Azuretti conduit au cimetière. Même les morts semblent devoir attendre leur tour.

À chaque enterrement, c’est le même spectacle. Des véhicules qui avancent au pas, des ornières profondes, des familles en pleurs.

Et désormais, des vivants que l’on oblige parfois à terminer le dernier voyage à pied. Voilà où nous en sommes. Une République qui peine à garantir à ses citoyens un accès digne au cimetière.

Il y a quelques semaines, des jeunes avaient bloqué cette voie pour dénoncer son abandon.

Le week-end dernier, selon plusieurs témoignages, des riverains ont demandé aux familles de descendre de leurs véhicules.

Le corbillard a poursuivi sa route. Les proches, eux, ont continué à pied. Quelle image donnons-nous de nous-mêmes ?

Comment expliquer qu’au XXIᵉ siècle, accompagner un parent vers sa dernière demeure ressemble encore à une épreuve d’endurance ?

On inaugure des infrastructures, annonce des projets, multiplie les discours.

Mais pendant ce temps, à Azuretti, les familles enterrent leurs proches dans la poussière en saison sèche. Ou dans la boue quand il pleut.

 Le respect dû aux morts ne devrait jamais dépendre de l’état d’une route. Une route n’est jamais seulement du bitume.

C’est une décision politique, une hiérarchie des priorités. C’est aussi le reflet de ce qu’un État choisit de voir… ou d’ignorer.

Lorsque la route qui mène au cimetière devient impraticable, ce n’est plus seulement une chaussée qui s’effondre.

C’est un symbole. Celui d’une dignité publique qui se fissure. Les autorités attendent-elles qu’un corbillard se renverse ?

Attendront-elles qu’une personne âgée perde la vie dans une chute ? Attendront-elles qu’un affrontement éclate entre riverains et familles endeuillées ? Car lorsqu’on laisse un problème pourrir, ce n’est jamais le problème qui disparaît.

C’est la confiance des citoyens. Azuretti ne demande pas un miracle. Azuretti demande une route. Une route praticable, digne et  qui rappelle qu’une nation ne se juge pas seulement à la hauteur de ses ponts ou de ses échangeurs.

Elle se juge aussi à la manière dont elle accompagne ses morts.

Les gouvernements passent, les mandats s’achèvent, les discours s’oublient.

Mais un peuple se souviendra toujours de ceux qui l’auront obligé à pleurer ses morts dans la boue.

Il est encore temps d’agir. Demain, il sera peut-être trop tard. Et ce jour-là, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.

AK

photos:dr

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