Abou Bassa, (père de Didi B)avant son concert du 19 juin : « Je l’aime comme un fils. Nous passons beaucoup de temps à… »

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À l’occasion de son concert du 19 juin à l’Institut français d’Abidjan, Abou Bassa, arrangeur, musicien et figure majeure de la scène ivoirienne, revient sur son parcours, ses influences, la transmission musicale et sa vision de la création.

Dans cet entretien accordé à Pouvoirs Magazine, le père de Didi B évoque avec poésie et profondeur les maîtres qui l’ont formé, le Village Kiyi et l’importance de l’écoute dans l’accompagnement des jeunes talents.

Pourquoi avoir choisi de réunir plusieurs générations de musiciens sur cette même scène ?

Abou Bassa : J’essaie de reproduire toutes les différentes musiques que j’ai composées tout au long de mon parcours artistique. Je recherche tous les âges que j’ai eus, toutes les sensations que j’ai vécues. Réunir plusieurs générations sur scène, c’est raconter cette traversée.

Que représente pour vous l’Institut français, où une partie de votre histoire artistique s’est construite ?

Abou Bassa : Une maison. Une loge. Un phare.

Comment avez-vous imaginé le voyage musical que vivra le public le 19 juin ?

Abou Bassa : C’est un voyage émotionnel. C’est une écoute. Que ceux qui ont des oreilles écoutent, et que ceux qui ont encore des oreilles entendent.

il joue de la flute pastorale

Quels enseignements du Village Kiyi continuent de nourrir votre travail aujourd’hui ?

Abou Bassa : Le Kiyi Mbock, c’est l’ultime savoir de l’univers. Le savoir sur sa vie et sur la vie en général. Savoir comment sa propre vie peut être bénéfique ou nuisible à la vie. Avoir le pouvoir de choisir et d’en décider.

Que vous ont apporté des figures comme Werewere Liking, Souleymane Koly et Ray Lema ?

Abou Bassa : Ce sont de grands maîtres. Il me faudrait écrire un livre pour expliquer ce que j’ai appris d’eux. Je ne veux pas, en une phrase ou deux, frustrer ou trahir cet héritage. J’ai également eu des maîtres comme Marcelin Yacé ou Cheick Tidiane Seck. Chacun a contribué à façonner l’artiste que je suis devenu.

Comment choisissez-vous les jeunes talents que vous décidez d’accompagner ?

Abou Bassa : L’écoute. Je choisis les jeunes par leur capacité à écouter. Si vous avez en face de vous des personnes qui passent plus de temps à vociférer qu’à écouter, vous allez acheter beaucoup de médicaments contre les angines. Je dis toujours que si Dieu nous a donné deux oreilles et une seule bouche, c’est pour écouter davantage et parler moins.

La musique ivoirienne transmet-elle suffisamment son héritage aux nouvelles générations ?

Abou Bassa : Oui. À un rythme lent mais régulier. Je crois que la transmission se passe très bien dans la musique ivoirienne. Elle se fait avec humour, avec politique, avec intelligence. Il faut simplement être attentif.

Qu’apporte le slam de Placide Konan à votre univers musical ?

Abou Bassa : Placide Konan c’est un grand slameur que j’ai rencontré depuis des années.  Je l’aime comme un fils. Il est fort et courageux. Nous passons beaucoup de temps à écouter des musiques à lire des textes, à partager des pensées, des projets.

Comment parvenez-vous à faire dialoguer les traditions africaines avec des sonorités plus contemporaines ?

Abou Bassa : Ce n’est pas compliqué. Il suffit d’écouter autour de soi.

Il suffit de s’écouter soi-même, de se regarder. Nous sommes une race hybride. Une Ivoirienne qui s’appelle Marie-France, quelle prouesse ! (Rires.)

Je veux dire que nous avons tout à notre portée. Les temps modernes nous permettent cela. Il suffit de le vouloir et de diriger sa conscience créatrice.

Que souhaitez-vous que les spectateurs emportent avec eux en quittant la salle après ce concert ?

Abou Bassa : En quittant la salle, je souhaiterais que les gens soient heureux, chacun sur son nuage. Comme à la sortie d’un sauna, d’une séance de massage ou d’un moment de méditation. Comme au retour d’un voyage que l’on a aussitôt envie de reprendre.

Propos recueillis par

Alex KIPRE

photos: droits réservés

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