7 août: Niangoran Porquet, l’incompris flamboyant

12 mois

Le 7 août, pendant que la Côte d’Ivoire célèbre son indépendance, l’art pleure l’un de ses fils trop oubliés. Trente ans après sa disparition, Niangoran Porquet mérite enfin le respect que son époque lui a refusé.

En ce 7 août, jour d’indépendance, souvenons-nous d’un homme libre, habité par une parole enracinée et universelle.

Niangoran Porquet, dramaturge, poète, pédagogue et passeur, reste l’un des esprits les plus lumineux de la scène ivoirienne contemporaine.

Né en 1948 à Korhogo, entre racines n’zima et malinké, il incarna une Afrique en tension, fière et réfléchie.

Il enseigna les lettres modernes, mais son souffle était ailleurs : dans la scène, le verbe, la chair du mot.

Avec sa voix caverneuse et ses mots denses, il captivait l’oreille avant même d’avoir conquis la raison.

Sa « griotique », théâtre total et vivant, marie chant, geste, récit, rythme, pensée, mémoire – une Afrique debout, dansante et profonde.

Son alter ego fut Aboubakar Cyprien Touré, co-créateur d’une pensée libre, dense, audacieuse : celle d’un théâtre africain affirmé.

Face à Souleymane Koly, il déclara que l’Afrique n’avait pas à prouver l’existence de son théâtre multiséculaire.

“Quand les forces s’élèvent, allons-nous douter ?” disait-il. “Le théâtre africain existe, qu’on le reconnaisse ou qu’on le nie.”

Niangoran Porquet voulait transmettre, mais l’ENS lui offrit le rejet. Les normaliens ne surent reconnaître sa grandeur non académique.

L’artiste qui voulait partager son feu a souffert du silence glacé d’une élite incapable d’embrasser sa vision hybride.

Il était jugé trop baroque, trop libre, trop mystérieux. Un “griophage”, disait-il. Trop tôt, il a quitté la scène.

Pourtant, il a semé. Son fils, né de Jeannette Koudou, sœur de Laurent Gbagbo, perpétue son esprit aujourd’hui.

À M’pouto Riviera, il crée “Bushman”, lieu de création, d’exposition, de mémoire et d’avenir – un prolongement vivant de l’héritage.

Niangoran Porquet dérangeait car il refusait de séparer la parole savante de la parole populaire. Il parlait à tous.

Ses néologismes : griophonie, griotose, griophage, disaient mieux l’Afrique que bien des thèses figées et discours diplomatiques.

Trente ans après sa mort, son œuvre exige d’être relue, honorée, partagée. Le pays doit le reconnaître pleinement.

En ce jour d’indépendance, la coïncidence est forte : un esprit libre, ignoré de son vivant, retrouve la lumière collective.

La liberté sans mémoire est une imposture. Honorer Porquet, c’est rendre justice à l’âme même de notre théâtre africain.

AK

photo:dr

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