Sous pression, l’État malien conclut un accord inédit avec des groupes djihadistes, sacrifiant principes sécuritaires pour rétablir l’approvisionnement énergétique.
Cet accord temporaire, valable jusqu’à la Tabaski, traduit une réalité brutale où l’urgence énergétique dicte désormais les choix stratégiques maliens.
Il consacre surtout une évolution inquiétante, où l’État négocie directement avec des groupes armés qu’il combat officiellement depuis plusieurs années.
La décision de Bamako suscite de profondes interrogations sur les limites morales et politiques face à une crise énergétique persistante.
En contrepartie des libérations, les groupes djihadistes autorisent désormais la circulation sécurisée des convois de carburant vers la capitale malienne.
Depuis des mois, ces convois étaient ciblés par des attaques répétées, provoquant pénuries et tensions économiques dans l’ensemble de la ville.
Cette situation avait progressivement paralysé Bamako.
Mettant en lumière la vulnérabilité structurelle des infrastructures logistiques et énergétiques du pays sahélien.
Pour sortir de cette impasse, les autorités ont privilégié une approche pragmatique, au prix d’un compromis lourd de sens politique.
Une centaine de combattants présumés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ont ainsi été libérés récemment.
Parmi eux figurent également de jeunes Peuls, souvent assimilés aux groupes armés, révélant les tensions identitaires et sécuritaires profondes persistantes.
Affilié à Al-Qaïda, ce groupe armé exerce une pression constante sur les axes stratégiques, perturbant durablement l’économie nationale malienne.
Depuis 2012, le Mali traverse une crise profonde mêlant instabilité politique, insécurité chronique et expansion continue de groupes djihadistes armés.
Dans ce contexte fragile, la décision des autorités apparaît comme une réponse d’urgence, mais soulève de lourdes conséquences pour l’avenir sécuritaire.
Elle interroge enfin sur la capacité d’un État à préserver son autorité sans céder face aux pressions exercées par ses adversaires.
ETHAN GNOGBO
photo: dr
POUVOIRS MAGAZINE

