À l’heure où la Côte d’Ivoire entre dans une phase sensible de transition politique, la recomposition des postes révèle une stratégie assumée de contrôle, de continuité et de rééquilibrage des loyautés au sommet de l’État.
Le départ d’Adama Bictogo de la présidence de l’Assemblée nationale ne relève ni du hasard, ni d’un simple jeu institutionnel. Il s’inscrit dans une logique plus large. Celle d’un mandat placé sous le signe de la transmission du pouvoir que pilote soigneusement le président Alassane Ouattara. Dans cette architecture, chaque poste devient un marqueur politique, chaque nomination un message.
La stratégie présidentielle repose sur une logique de récompense. Ceux qui ont joué des rôles jugés décisifs dans la consolidation du pouvoir sont promus. Ou maintenus au cœur du dispositif. Au sud Beugré Mambé, Patrick Achi ou encore d’autres figures clés ailleurs incarnent cette fidélité récompensée. Ce choix rassure le chef de l’État et limite toute velléité de dissidence dans un environnement institutionnel désormais largement monocolore.
Adama Bictogo, lui, paie le prix de son ambition. Il a publiquement sur France 24 déclaré son envie d’être chef d’Etat.
L’ex Président de l’Assemblée nationale paie également surtout sa position jugée ambiguë.
Il est soupçonné d’entretenir des liens transversaux avec le PPA-CI. Y compris dans des cercles de financement, il n’offrait plus toutes les garanties de radicalité attendues dans une Assemblée nationale verrouillée. Dans un contexte où aucune fronde n’est tolérée, la moindre autonomie devient suspecte.
Cette mise à l’écart s’inscrit également dans une géopolitique du pouvoir assumée. À la manière de Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara répartit les postes. Selon des équilibres régionaux et communautaires soigneusement calculés. L’objectif est clair : consolider une base nordiste solide tout en affaiblissant durablement l’ancrage politique du PDCI dans le Sud.
La montée en puissance de cadres issus du même espace sociopolitique renforce cette lecture. Elle s’accompagne d’un durcissement du ton présidentiel et d’un contrôle accru de l’appareil d’État. L’administration publique y reflète de plus en plus cette orientation.
Dans ce schéma, le pouvoir ne se partage pas : il s’organise, se sécurise et se transmet. Quitte à sacrifier des alliés devenus trop indépendants pour rassurer l’avenir.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
