Qu’on se détrompe : la sortie de prison de Maa Bio n’est ni le sujet ni le problème. Elle vit, voyage, profite de sa liberté, et cela ne regarde qu’elle. Ce qui interroge, en revanche, c’est une dérive plus profonde et plus grave : la banalisation de l’incompétence dans des espaces qui exigent rigueur, savoir et responsabilité. Comme ailleurs dans l’administration, la politique ou l’économie, on confond aujourd’hui exposition et légitimité, présence et compétence, bruit et sens. Ce glissement n’est pas anecdotique : il affaiblit les institutions, ridiculise les métiers et installe durablement une culture de l’à-peu-près.
Ce qui s’est produit n’est ni anodin ni folklorique.
C’est un signal d’alarme national.
Qu’une influenceuse TikTokeuse, propulsée par l’algorithme et non par la compétence, se retrouve en conférence de presse de l’équipe nationale dit tout de notre dérive collective.
La question posée n’est pas seulement faible. » Est-ce que les joueurs n’ont pas froid? Nous on a froid!« .
Elle est hors-sujet, hors-métier, hors-niveau.
Ce n’est pas une maladresse individuelle.
C’est le résultat d’un système qui a décidé de confondre visibilité et légitimité.
TikTok n’est pas une école de journalisme
Il faut avoir le courage de l’affirmer :
faire des vues n’a jamais remplacé une formation, une culture professionnelle, ni une responsabilité éditoriale.
Une conférence de presse n’est pas un live personnel.
Ce n’est ni un espace d’émotion, ni un journal intime, encore moins une scène pour ressentis climatiques.
Le journalisme exige préparation, contextualisation, hiérarchisation de l’information.
Tout ce que l’influence TikTok, par nature, ne demande pas.
La Caf et la Fédération : complices par facilité
Si une influenceuse TikTokeuse se retrouve là, ce n’est pas par hasard.
C’est parce que des institutions ont ouvert la porte.
On a abandonné toute exigence de standards professionnels.
La Fédération a cédé à la tentation du buzz, croyant communiquer quand elle désinforme.
On a remplacé la compétence par la viralité.
La crédibilité par la tendance.
La presse : dépossédée parce que divisée
Pendant ce temps, les journalistes formés, souvent précarisés, regardent leur métier se faire confisquer.
Non pas par la force, mais par leur propre silence collectif.
Un espace qu’on n’occupe plus est toujours pris par d’autres.
Aujourd’hui, ce sont les TikTokeurs.
L’influence comme symptôme d’un pays fatigué
Ce phénomène dépasse le football.
Il révèle un pays qui ne distingue plus l’essentiel de l’accessoire.
Quand l’émotion remplace l’analyse,
Le ressenti remplace le savoir,
quand le spectacle remplace le sens,
la société se fragilise.
Ce n’est pas contre elle. C’est contre ce que nous acceptons
Le problème n’est pas l’influenceuse.
Le problème, c’est le système qui la légitime sans l’exiger.
Former, encadrer, qualifier : voilà les verbes oubliés.
À défaut, nous fabriquons du vide bruyant.
Un pays qui abdique le sérieux abdique son avenir
Quand TikTok dicte l’agenda de l’information nationale,
ce n’est pas seulement le journalisme qui recule.
C’est l’idée même d’une fédé structurée, d’institutions crédibles, d’un espace public intelligent.
Le pays ne va pas mal parce qu’il critique trop.
Il va mal parce qu’il tolère trop l’incompétence mise en scène.
Il est temps de choisir :
la viralité ou la vérité.
Le buzz ou le sens.
On ne peut pas avoir les deux. Messieurs de la Fédération ou de Caf ou même de l’Etat
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
