Le forum Moussouris, prévu ce samedi 20 décembre 2025 au Palais de la Culture d’Abidjan (salle Kodjo Ebouclé), marquera le baptême d’une nouvelle promotion de hackers éthiques.
Formés pour détecter les vulnérabilités des systèmes informatiques et renforcer la protection des données des particuliers comme des entreprises.
Initiée par Illimigroup, cette démarche citoyenne et stratégique entend fédérer les acteurs du numérique autour des enjeux de la cybersécurité. Dans cet entretien exclusif, Diabakaté Ikary, Commissaire général du forum et expert en cybersécurité, dresse un état des lieux alarmant du piratage de données en Côte d’Ivoire et souligne la nécessité d’une réponse collective et structurée.
Les Ivoiriens doivent-ils s’inquiéter de la montée des cyberattaques ?
Le constat est alarmant, pour ne pas dire préoccupant. Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, il ne se passe pas un seul jour sans qu’une personne ne soit victime de vol de données informatiques. Comptes piratés, informations sensibles subtilisées. Les victimes sont de tous horizons, aussi bien des célébrités que des citoyens ordinaires.
Récemment, par exemple, le cas de la tiktokeuse Maa-Bio (Kouamé Yeelen Virginie à l’état civil, NDLR) a beaucoup fait parler. Sur le plan économique, les conséquences sont tout aussi graves. Les rapports 2025 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et de l’ARTCI font état de pertes financières colossales subies par des entreprises à la suite de cyberattaques, notamment des piratages et des campagnes de phishing.
Sur une échelle de 1 à 5, nous situons aujourd’hui le niveau d’alerte à 4. C’est un seuil critique qui appelle toutes les couches de la société à se doter de véritables mécanismes de défense et à ne pas minimiser les efforts engagés par l’État. La menace doit être prise très au sérieux.
On a l’impression que le hacking se déplace des pays développés vers les pays en développement. Comment l’expliquer ?
C’est une évolution logique. Le hacking repose avant tout sur la maîtrise des nouvelles technologies. Les hackers exploitent leurs compétences pour identifier des failles dans les systèmes informatiques et les détourner à des fins frauduleuses.
Or, on conçoit la majorité des technologies avancées dans les pays développés. Les pratiques de hacking y sont donc apparues plus tôt avant de se diffuser progressivement vers les pays en développement, à mesure que ces technologies y sont adoptées.
Existe-t-il une classification des cyberattaques ou des vols de données ?
Oui, et nous en avons d’ailleurs publié une sur nos réseaux sociaux. Elle se décline en quatre grandes catégories.
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Les malwares (virus)
Il s’agit du niveau le plus basique. On les retrouve souvent dans de faux liens promettant des gains ou des récompenses. Si vous n’avez jamais participé à un jeu ou à une promotion, il ne faut jamais cliquer sur ce type de lien. -
Les attaques DDoS (Distributed Denial of Service)
Elles consistent à bloquer un site ou un service en ligne pour le rendre inopérant. Les banques et les plateformes de paiement en ligne en sont des cibles fréquentes. Imaginez une entreprise qui génère 20 milliards de FCFA par jour via le mobile money : une attaque DDoS peut la paralyser et lui faire perdre l’essentiel de ce chiffre sur la durée de l’attaque. -
Les ransomwares
Ce sont des attaques très lourdes de conséquences pour les entreprises. En 2020, nous avons assisté une entreprise dont les données stratégiques avaient été prises en otage. Une rançon était exigée. Heureusement, nous sommes intervenus à temps et l’entreprise n’a rien payé. -
Le phishing (hameçonnage)
C’est aujourd’hui la forme la plus répandue. Elle consiste à piéger les victimes par des appels ou des messages afin d’obtenir des données ultra-sensibles : mots de passe, codes bancaires, identifiants. Le phishing touche environ 55 % de la population. C’est pour lutter contre ce fléau que nous organisons le forum Moussouris, axé sur la sensibilisation et la formation.
Pourquoi certaines entreprises préfèrent-elles gérer les cyberattaques dans le silence ?
Beaucoup pensent : « Si mes clients apprennent que j’ai été piraté, ils vont me fuir. » C’est la principale raison de ce silence. Pourtant, il n’y a aucune honte à se faire pirater. C’est certes une situation sensible, mais elle est de plus en plus courante.
Chez Illimigroup, nous estimons que la meilleure défense, c’est l’anticipation. À travers Moussouris, nous formons les entreprises à reconnaître les menaces, à les prévenir et à renforcer leurs systèmes de protection.
Comment garantissez-vous l’éthique et la fiabilité des hackers formés par Moussouris ?
L’éthique est au cœur de notre programme. Les apprenants sont soumis à des codes stricts et évoluent dans un cyberespace réglementé par l’État ivoirien. Évidemment, il n’existe jamais de garantie à 100 %, mais offrir un cadre professionnel structuré et valorisant réduit considérablement les risques de dérive.
Depuis les années 2010, beaucoup d’informaticiens ont été formés sans réelle insertion professionnelle. Certains ont malheureusement mis leurs compétences au service de pratiques illégales. Nous leur offrons une alternative : un cadre d’exercice légal, des contrats et des revenus décents.
Je suis moi-même hacker éthique et instructeur certifié à l’EC-Council, un organisme international créé après les attentats du 11 septembre 2001. Nous avons accompagné de grandes structures, y compris au niveau étatique, en identifiant des failles critiques et en contribuant à leur correction. C’est cette expérience que nous voulons transmettre à la nouvelle génération.
Que pouvez-vous nous dire sur la plateforme “200 Bounty” ?
Nous réservons la primeur de cette annonce pour le samedi, au Palais de la Culture. Je vous invite donc à être présents pour découvrir cette innovation.
Pourquoi avoir choisi Katie Moussouris comme figure emblématique du programme ?
Katie Moussouris est une référence mondiale en cybersécurité. Elle incarne l’excellence et l’innovation, tout en mettant en lumière la place des femmes dans notre domaine. À travers son image, nous voulons inspirer nos apprenants et promouvoir l’excellence professionnelle. Elle représente un modèle que nous invitons nos récipiendaires à suivre.
Interview réalisée par : Aaron Leslie
photo:dr
Pouvoirs Magazine
