“L’humour m’a sauvé et m’a donné deux patries” : Oualas se confie comme jamais

3 semaines

Au terme de l’étape marocaine de la 6ᵉ édition du Festival panafricain et itinérant d’humour « Afrique du rire » (ADR), qui s’est déroulée les 12 et 13 novembre 2025 à Casablanca et à Fès, l’humoriste et promoteur de l’événement, Tahar Lazrak alias Oualas, a fait le point de cette étape.

Il a expliqué le choix de Niamey et d’Abidjan, et livré pour la première fois des confidences sur son enfance ainsi que l’histoire de son père arrivé en Côte d’Ivoire en 1956.

Quel bilan dressez-vous de l’étape marocaine de la 6ᵉ édition d’Afrique du rire ?

L’étape marocaine a été exceptionnelle. Le public a répondu présent à Casablanca comme à Fès. Les salles étaient pleines, l’ambiance incroyable, et la diversité du public montre que l’humour rassemble vraiment. On sent une maturité du festival, une vraie attente, et surtout une grande fierté de voir un événement africain rayonner depuis le Maroc.

La ville de Fès a accueilli votre caravane. À quoi répondait le choix de cette cité ?

Fès est une ville impériale, une ville de culture, d’histoire et d’intellect. On voulait apporter l’humour dans un lieu qui symbolise l’héritage et la transmission. Pour moi, jouer à Fès, c’est comme jouer dans un théâtre vivant : les murs racontent déjà des histoires.

Comment avez-vous vécu le feedback autant à Fès qu’à Casablanca, qui a donné le ton du festival ?

À Casablanca, on a senti le public nous donner l’impulsion du festival : énergique, chaleureux, impatient. À Fès, le public était en feu, très réactif et élégant dans son humour. Deux ambiances différentes, mais les deux ont confirmé que le festival a trouvé son rythme.

Après le succès de l’étape marocaine, que prévoyez-vous pour Niamey et Abidjan ?

Niamey est une escale symbolique : c’est l’accueil, la simplicité et la chaleur humaine. Abidjan, c’est l’apothéose : on rentre à la maison. On prépare un plateau encore plus explosif, des surprises et une scénographie pensée pour marquer les esprits.

Êtes-vous satisfait d’Afrique du rire, de sa création à aujourd’hui ?

Oui, et surtout fier de la constance. Ce festival a résisté aux crises, aux changements, aux voyages, et il continue de grandir. Le rêve est devenu une institution.

Envisagez-vous d’exporter l’événement au-delà du continent africain, notamment en Europe ?

Absolument. L’objectif est de montrer le génie comique africain au monde. L’Europe, le Moyen-Orient et même l’Amérique du Nord nous sollicitent. On y arrivera étape par étape, pour garder l’âme du festival.

Après le Maroc, vous vous apprêtez à déposer vos valises à Niamey. Pourquoi le choix de cette ville ?

Niamey est une capitale qui respire l’Afrique vraie : chaleureuse, sincère, accueillante. On a voulu honorer ce public qui aime l’humour francophone mais qui est rarement mis en avant dans les circuits culturels panafricains.

À quoi le public nigérien peut-il s’attendre ?

À un show sincère, humain, proche du public, avec des artistes qui comprennent les réalités locales. On veut que Niamey se sente célébrée, pas visitée.

La Côte d’Ivoire a toujours eu une place importante dans votre festival. Pour l’apothéose à Abidjan, qu’est-il prévu ?

Abidjan, c’est mon cœur. On prépare une soirée monumentale : un plateau renforcé, une scénographie spéciale, des hommages, des surprises et une ambiance que seule Abidjan sait créer.

La thématique de la CAN est au cœur de cette édition. Au-delà, quel message sous-tend ce rendez-vous ?

L’unité. Le football rassemble et l’humour aussi. Le vrai message, c’est que malgré nos différences, on rit des mêmes choses, on vit les mêmes émotions, et on appartient à la même Afrique.

Vous revenez d’une tournée internationale avec une escale au Liban. Quels ont été les faits marquants de cette tournée ?

Des publics totalement différents mais un même amour pour la scène. En Afrique, c’est la chaleur. En Europe, c’est la curiosité. Au Liban, c’est la surprise de se reconnaître dans mon humour. J’ai senti que mon style est devenu universel.

Êtes-vous satisfait du retour du public du Liban, dont la communauté est souvent au cœur de vos vannes ?

Très. Je suis très satisfait du public libanais. J’avais un peu d’appréhension parce que je fais souvent des vannes sur la communauté libanaise d’Abidjan, mais ils l’ont pris avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Ils m’ont même encouragé à aller plus loin.

Parlons de votre enfance et adolescence. Dans quelle ambiance s’est déroulée cette période de votre vie ?

Une enfance simple, entre deux cultures. Beaucoup d’amour, beaucoup de discipline et surtout beaucoup d’histoires. Je pense que mon humour est né dans la cour de la maison familiale.

Côté famille, quelles sont vos relations avec vos parents ?

Respect strict, comme dans toutes les familles africaines, mais aussi une immense tendresse. Mes parents ne comprennent pas toujours mon métier, mais ils voient que je rends les gens heureux, et ça leur suffit.

L’histoire de votre père, arrivé en Côte d’Ivoire en 1956, vous a toujours inspiré. Savez-vous ce qui l’a conduit dans ce pays ?

Je dirais que c’est parce que c’était un pays de paix et d’hospitalité. Et mon père a choisi des villes de l’intérieur comme Bouaké, Man, Daloa, qui, de notoriété, ont accueilli des milliers de familles étrangères. Fait marquant : papa y a construit sa vie comme si c’était sa première maison. C’est mon modèle et je ne cesserai de le bénir.

Comment découvrez-vous, à votre tour, la Côte d’Ivoire ?

Comme un enfant qui revient chez lui. L’accueil, la chaleur, les accents, les plats… Un univers où mon cœur et mon âme se lient dans une sincérité incomparable. On n’oublie jamais sa première arrivée à Abidjan. Une connexion tellurique pour un môme dont le destin se conjugue avec ce pays hospitalier et généreux.

Qu’est-ce que cette double culture ivoiro-marocaine vous a apporté dans votre parcours ?

Tout. Elle me permet de comprendre les nuances, de parler à plusieurs Africains en même temps, de mélanger les codes, et surtout de rire des différences sans blesser.

Le professionnel de l’hôtellerie que vous étiez : comment a-t-il transformé cette passion pour l’humour en profession ?

La vie a ses surprises. Je suis à l’origine un professionnel de l’hôtellerie, un secteur qui m’a appris l’observation, l’organisation et le contact humain. Tout est parti du jour où j’ai fait rire une salle entière sans le vouloir. Et j’ai compris que c’était ma voie.

L’intégration dans le monde de la scène en Côte d’Ivoire a-t-elle été aisée ?

Sans se voiler la face, ce n’était pas facile. Mais les Ivoiriens aiment l’authenticité. Quand ils ont senti que j’étais sincère, ils m’ont adopté.

Avec tout ce que l’univers du showbiz comporte, avez-vous été confronté à des difficultés ou à des propositions indécentes ?

Comme dans tout milieu artistique, il y a des moments compliqués. Mais j’ai toujours choisi de rester fidèle à mes valeurs. Le travail finit par parler.

Votre rencontre avec le metteur en scène ivoiro-libanais Abass Zein a-t-elle été décisive pour votre carrière ?

Évidemment que cette rencontre a été décisive. Elle a marqué un déclic et une prise de conscience des exigences de l’humour et des métiers des arts de la scène. Abass Zein est un metteur en scène exigeant, visionnaire, et il m’a poussé à dépasser mes limites. On lui doit beaucoup.

En 2008, vous avez représenté le Maroc à la Journée internationale de la Francophonie à Abidjan. Quels sentiments vous ont animé ce jour-là ?

Représenter le Maroc à ce grand rendez-vous était un honneur immense et une reconnaissance de mon pays. Porter les couleurs du Maroc dans un lieu symbolique comme l’Hôtel Ivoire est un souvenir gravé. Ce moment reste inoubliable et m’inspire toujours reconnaissance envers mon pays et envers Sa Majesté le Roi Mohammed VI (que Dieu l’assiste).

Il y a aussi le souvenir douloureux de la crise politico-militaire ivoirienne de 2002, qui a fortement impacté votre famille…

Silence… Difficile. Je vous jure que c’était très douloureux, avec la crise et le rapatriement qui a suivi. Quitter une ville qu’on aime, voir la peur chez les siens… Avec le temps, nos blessures et celles de nos frères se sont cicatrisées, et nous en avons tiré des enseignements. Cela m’a forgé. Aujourd’hui encore, je mesure la chance de respirer.

Pourquoi votre père a-t-il refusé de rentrer au Maroc alors que la crise s’envenimait avec la scission du pays ?

Mon père ne saurait vivre hors de la Côte d’Ivoire. La preuve : au plus fort de la crise, il n’est jamais parti. Le vieux disait toujours : « On ne quitte pas une maison qui nous a tout donné. » Il a toujours cultivé cet optimisme qui caractérise l’Ivoirien, qui, même dans la souffrance, garde le sourire.

Quel message particulier adressez-vous à la Côte d’Ivoire, au Maroc et à l’Afrique ?

Merci. Merci de me donner une identité plurielle, un public immense et un amour constant. Afrique du rire n’est pas un festival : c’est une famille qui s’agrandit chaque année.

Interview réalisée par

DT

photo:dr

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