Avec la disparition de Bruno Troupa Gbizié, la Côte d’Ivoire perd une figure emblématique de son théâtre populaire.
Zoumana, fait taire le rire, mais les souvenirs des années « Faut pas fâcher » demeurent.
Avec la disparition de Bruno Troupa Gbizié, la Côte d’Ivoire perd une figure emblématique de son théâtre populaire. Le rire s’est tu. Celui qui, durant des années, résonnait dans les foyers ivoiriens à travers « Faut pas fâcher » s’est éteint avec Zoumana. Bruno Troupa Gbizié, connu sous ce pseudonyme, est décédé le samedi 22 août 2026, après plusieurs années de lutte contre les séquelles d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC).
Révélé au grand public dans les années 1990 et 2000, aux côtés de Gbi de Fer, Omega David …et surtout d’Adrienne Koutouan, sa complice de toujours, Zoumana avait marqué toute une génération. Elle, l’épouse autoritaire et bavarde ; lui, le mari rusé, malicieux, bouffon aussi, et constamment dominé. Leur duo était devenu culte. C’était plus qu’une comédie : le miroir tendre et parfois cruel de nos foyers. Son accent, sa gestuelle, ses mimiques et ses répliques sont désormais entrés dans la mémoire de l’humour ivoirien.
En 2021, après son AVC, une délégation du ministère de la Culture, conduite par le directeur de cabinet Florent Galaty, s’était rendue à son chevet sur instruction de la ministre Harlette Badou. En 2022, lors du PRIMUD, un prix honorifique lui avait été décerné pour l’ensemble de sa carrière. Trop affaibli pour se déplacer, il s’était fait représenter par sa fille. Hassan Hayek avait également lancé une cagnotte d’un million de francs CFA pour contribuer à ses soins.
Depuis sa disparition, les hommages affluent. Adrienne Koutouan, celle qui fut sa femme à l’écran et sa sœur dans la vie, jointe affirme qu’elle n’a pas la tête à un échange sur le sujet. Le silence, parfois, est le seul langage que laisse le deuil.
Tiburce Koffi : « Il a été un bon comédien »
Écrivain et président du Conseil de gestion et de structuration du BURIDA, Tiburce Koffi se souvient d’un artiste profondément aimé : « Zoumana était une figure présente du monde des arts dramatiques en Côte d’Ivoire. Il campait bien son personnage et les Ivoiriens l’aimaient. » Lorsque la maladie s’est déclarée, les appels à l’aide avaient afflué. « Aidez-le, aidez-le ! », se souvient-il. Il rappelle le combat de Clémentine Papouilet, l’implication de la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck et l’aide apportée par le BURIDA.
Mais sa disparition révèle aussi, selon lui, la grande précarité des comédiens. « Nos comédiens souffrent beaucoup. Les droits qu’ils perçoivent sont dérisoires », regrette-t-il, dénonçant également le piratage des œuvres. À la question de savoir ce que le BURIDA prévoit après sa mort, sa réponse est douloureuse : « Zoumana est mort. Prions pour lui. Aidons-le à partir tranquillement. »
Assandé Fragass, le silence d’un frère
Son partenaire de scène depuis la troupe Djiboua de Divo, Assandé Fargass, acteur et pur produit du théâtre a été joint dimanche matin. À l’annonce de la disparition, il demande simplement : « Depuis quand est-il décédé ? » Nous venons de lui apprendre la mort de son compagnon de scène. Les relances de l’après-midi sont restées vaines. La douleur avait peut-être déjà cassé quelque chose en lui.
Zoumana est parti. Son costume de scène est rangé. Les lumières se sont éteintes. Mais Tiburce Koffi trouve les mots pour l’ultime adieu : « Zoumana a enfin trouvé la paix. Il se repose. » Le rire s’est tu. Mais dans nos souvenirs, Zoumana continuera de rire avec nous.
Coolbee Ouattara
POUVOIRS MAGAZINE

