Il aurait pu rester un nom dans les marges. Un jeune homme d’un quartier ordinaire, à Grand-Bassam, fils de BEGUE GROGUE de Daloa, et de Say ALLOUA Thérèse d’Aboisso.
Un nom comme tant d’autres, croisé dans les carnets de classe ou les registres d’église.
Mais Dieu en a voulu autrement.
Un enfant de Daloa, une graine dans la poussière
Né le 11 novembre 1965,
il grandit entre école et simplicité.
Certificat d’études en poche en 1979,
puis le collège, le BEPC en 1983.
Tout semble aligné.
Mais le bac probatoire lui résiste.
Et la vie semble lui dire : « Ce n’est pas ton chemin. »
Il retourne à la terre. Littéralement.
Le jeune Martin, désabusé, se reconnecte à l’essentiel :
la sueur, la poussière, les racines.
Mais c’est là que la voix de l’appel le rejoint.
Par sa cousine, Bégué Bahi Cécile — paix à son âme.
Elle croit en lui. Elle l’envoie à Yopougon.
Il y trouve un foyer : le groupe vocation de Saint Mathias.
Le feu sacré entre les chiffres et les chants
Les Marianistes l’accueillent.
Ils voient en lui un cœur à forger, une foi à canaliser.
Ils l’aident à reprendre les études : BEP de comptabilité,
puis Bac G2 au Burkina Faso.
Mais derrière les chiffres, une voix plus forte l’appelle.
Pas celle des bilans. Celle des âmes.
Il fonde une chorale.
Chœur de Charité à Saint Antoine du Port.
Premiers pas de prêtre sans soutane.
Premiers mots de feu dans un micro partagé.
La mission commence… sans le titre.
Mais Dieu reconnaît les siens.
L’entrée en séminaire : enfin, la route se dessine
En 1993, il entre au Grand Séminaire Saint Paul d’Abadjin Kouté,
puis à Sainte Marie d’Agboville.
Il est ordonné diacre en 1999.
Puis le moment arrive :
le 17 décembre 2000, il devient prêtre de Jésus-Christ,
ordonné par le cardinal Bernard Agré.
Et là, la fierté éclate comme un feu d’artifice :
le tout premier prêtre issu de Daloa.
Un homme dans l’ombre, une main dans la lumière : le Dr Zunon Kipré
Derrière cette ordination, un homme veille.
Un “père” non biologique, mais spirituel, politique, providentiel :
le Dr Michel Zunon Kipré.
Médecin, député, président de la Fédération ivoirienne de sport automobile,
il entend que Daloa pourrait enfin avoir un prêtre.
Ne lâche pas, plaide, insiste.
Il intercède auprès de Mgr Coty,
car il sait que ce garçon peut porter une terre entière.
C’est le Dr Michel ZUNON KIPRE qui fait confectionner le pagne de la première messe.
C’est lui qui se bat pour qu’enfin un enfant de Daloa devienne pasteur.
Et c’est pour cela que Martin l’appelle « Papa ».
Un sacerdoce en construction : de paroisse en grotte, de chœur en appel
Diacre à Abobo Clouetcha, il fonde la chorale Saint Martin.
À Issia, il forme un chœur pour les missions villageoises.
À Saioua, curé bâtisseur, il dresse Notre-Dame du Bonheur,
une grotte qui parle d’espérance.
Nommé aumônier national de la Pastorale de la santé en 2009,
il fonde l’ACMC, un réseau pour les prêtres malades et âgés.
Un cœur pour les oubliés. Une main pour les faibles.
Mais parfois, la lumière dérange.
Des tensions naissent avec sa communauté religieuse.
Il quitte. Il s’envole. Part en France, accueilli dans le Nord.
Rome : le savoir au service de l’âme
Un appel venu d’Abidjan le surprend en 2005.
Mgr Coty veut le ramener à la maison.
Il rentre. Vicaire à Issia. Puis curé à Saioua.
Mais en 2011, une bourse lui ouvre les portes de Rome.
Université Pontificale Saint Camille.
Il étudie la théologie pastorale de la santé.
Parle à ceux que la souffrance isole.
Il comprend les corps meurtris, les esprits torturés.
En 2017, il sort docteur.
Et Chevalier de Grâce Ecclésiastique, pour ses actions caritatives en Italie.
Un titre rare. Une reconnaissance pour un prêtre venu du Sud.
Retour au pays : Vicaire Général et homme de mission
En 2018, il revient.
Curé à Zuenoula. Il bâtit, encore. Une grotte. Une chorale.
Puis en 2020, il devient Vicaire Général du diocèse de Daloa.
Poste stratégique. Poste de confiance.
Il est appelé par Mgr Marcellin Yao Kouadio.
Et il sert, sans jamais perdre son sourire de missionnaire.
On l’appelle l’Abbé la joie.
Auteur, bâtisseur, accompagnateur d’âmes
Le Père GROGUE ne se contente pas de parler. Il écrit.
Des livres, des témoignages, des cris d’espérance :
- Les Serviteurs Souffrants (2009)
- I sette miracoli (2017, Italie)
- Seigneur, celui que tu aimes est malade (2020, Londres)
- Les sept miracles (2024, Eveyop Éditions)
Et maintenant ?
Aujourd’hui, le nom de Martin GROGUE ne renvoie plus à un parcours atypique.
Il est devenu une voix, un guide, un repère.
Un héritier de ceux qui ont osé croire.
Et un père pour ceux qui cherchent encore leur voie.
Il est le fruit de la persévérance,
le symbole que Daloa aussi peut engendrer des pasteurs,
et la preuve que parfois, un seul homme — comme le Dr Zunon Kipré — peut changer le destin d’un peuple.
Père Martin GROGUE, prêtre du temps, frère de l’espérance, voix debout dans l’histoire.
Un témoin. Un marcheur, bâtisseur de paix.
Et surtout : un homme qui a dit oui.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

