Derrière l’agitation politique, les discours de façade et les querelles d’ego, un consensus silencieux semble se dessiner autour de la figure d’Alassane Ouattara.
Financement des partis politiques, subventions exceptionnelles, CEI verrouillée… Les élites politiques de tous bords se gardent bien de critiquer un système qui les nourrit. Et si, au fond, Ado représentait pour tous une garantie, voire une rente politique partagée ?
Gbagbo, Thiam ou encore Bédié de son vivant. Rien, dans les comportements récents de ces figures majeures de la scène politique ivoirienne, ne les distingue réellement du mentor du RHDP. Alassane Ouattara. Bien au contraire, il leur sert d’assurance tous risques, de pilier de stabilité à la fois politique et financier.
Le silence général sur le financement public des partis, ou sur les rentes viagères distribuées sans contrôle, témoigne d’un consensus. Consensus implicite autour d’Ado. Il y a dans ce silence un pacte non-dit : sa gouvernance “efficace et discrète” garantit à chacun un profit certain. A condition de ne surtout pas faire de vagues.
Depuis son accession au pouvoir, Ouattara a réorganisé les finances publiques. Cependant, aucune transparence n’est exigée sur l’usage des fonds publics remis aux partis . PDCI, RDR, FPI reçoivent chacun 1/1000 du budget total. Sans rendre aucun compte aux militants ni à l’État. Paradoxalement, personne ne s’en offusque.
Avec un budget d’État estimé à 15 339,2 milliards FCFA pour 2025 (+11,8 % par rapport à 2024). L’enveloppe destinée aux partis représente un montant non négligeable — sans aucun contrôle public.
La CEI au cœur du système
Pour 2025, la CEI perçoit 54 milliards de FCFA selon la loi de finances. Ces fonds couvrent la logistique électorale, l’impression des bulletins, la formation des agents et les campagnes d’information. Une part importante — 27,5 milliards FCFA — est allouée à la révision électorale, contre 18,2 milliards en 2024.
Pourtant, aucun bilan, aucun audit et aucune reddition de comptes ne sont exigés à la CEI. Un mutisme partagé, digne d’un pacte tacite entre acteurs politiques, institutionnalise l’opacité électorale.
Ado, restaurateur du pouvoir politique
Alassane Ouattara ressemble à un restaurateur bien organisé : tout fonctionne, tout le monde mange — tant que les convives restent silencieux. Les critiques sont muselées, les revendications étouffées, et les élites satisfaites.
Tidjane Thiam, lui, apparaît comme un novice : sincère, potentiellement légitime. Mais encore en marge de cette mécanique bien huilée. Il parle fort, mais il ne connaît pas la recette.
un système verrouillé par le silence
Ce consensus autour d’Ado n’est pas idéologique : il est pragmatique, structurel, et repose sur un partage silencieux des avantages du pouvoir. Tant que la transparence du financement politique, l’intégrité institutionnelle et la reddition de comptes resteront des non-sujets, l’élection de 2025 ne sera qu’un jeu de succession, jamais une rupture.
Tama César
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

