Mamadou Touré ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’affaire Tidjane Thiam est claire : nul n’est au-dessus de la loi. En politique comme ailleurs, les règles s’imposent à tous.
Le ministre fustige ceux qui crient à la victimisation, en oubliant qu’un État de droit repose d’abord sur la responsabilité individuelle.
« Tout le monde s’accorde, moi y compris à reconnaître que Tidjane Thiam est aujourd’hui victime de ses propres négligences, pas d’un complot politique.
Voici un homme élu à la tête du PDCI le 16 décembre 2023, dans l’euphorie d’un renouveau annoncé.
Dès son élection, le parti a pris une motion pour faire de lui son candidat naturel à la présidentielle 2025.
Mais, étrangement, il a attendu seize longs mois après la révision de la liste électorale avant d’agir concrètement.
Il a tardé à renoncer à sa nationalité française, et surtout, il l’a fait hors des délais légaux impartis.
À partir de là, il ne peut y avoir aucune surprise ni faux débat sur l’invalidité légale de sa candidature.
Il faut dire la vérité aux militants : il est pleinement responsable de ce qui lui arrive aujourd’hui, sans détour possible.
Ce n’est pas à nous d’assumer ses erreurs, mais à lui d’assumer ses turpitudes, ses choix et leurs conséquences.
Nous sommes dans un État de droit, pas dans une monarchie où les lois seraient modulables selon les personnalités politiques.
C’est bien la loi — et non le gouvernement — qui empêche sa candidature, en application stricte du Code électoral ivoirien.
La loi stipule qu’une condamnation inscrite au casier judiciaire empêche toute candidature à une élection présidentielle ou nationale.
Laurent Gbagbo, bien qu’amnistié, n’a pas été radié de la liste électorale, car la loi s’applique uniformément à chacun.
La démocratie ne consiste pas à pleurnicher sur les règles, mais à s’y conformer, même lorsque cela nous désavantage temporairement.
Par exemple, la loi impose un âge minimum de 35 ans pour être candidat, et personne ne conteste cette exigence basique.
De même, il faut déposer une caution de 50 millions CFA ; ce n’est pas une exclusion, c’est une règle électorale.
Pourquoi donc les hommes politiques ivoiriens devraient-ils s’imaginer au-dessus des règles que respectent tous les citoyens ordinaires du pays ?
Les Ivoiriens en ont assez de cette culture des passe-droits, des privilèges implicites réservés à une certaine élite politique déconnectée.
Nous devons redevenir des citoyens avant tout, et accepter que le droit ne soit plus négociable selon nos intérêts personnels.
Regardons la France : Marine Le Pen, donnée favorite dans les sondages, vient d’être déclarée inéligible par une simple décision judiciaire.
Personne ne demande un dialogue républicain pour la réintégrer, car dans un État sérieux, la loi s’applique sans exception hiérarchique.
Il ne s’agit donc pas d’un problème de contexte, mais d’une question de cohérence républicaine et de maturité institutionnelle assumée.
Si nous voulons que nos États africains soient respectés à l’international, nous devons appliquer nos lois avec rigueur et constance.
Dans un État de droit, on concourt selon des règles connues à l’avance, et non modifiées à la dernière minute.
Ce qu’il faut dénoncer, c’est la tentation permanente de manipuler les règles lorsque certains pensent qu’elles ne leur profitent plus.
Le président Ouattara n’a pris aucune loi pour exclure qui que ce soit de la course présidentielle, contrairement aux accusations formulées.
Ironie du sort : en 1994, dans un gouvernement auquel appartenait Tidjane Thiam, des lois ont bel et bien été utilisées contre Ouattara. »
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
