Avec “On descend à la Rue Princesse”, présenté au Grand Théâtre de Limoges, le chorégraphe ivoirien Massidi Adiatou a offert un spectacle futuriste.
Brûlant de créativité, de puissance et d’audace.
Malgré l’ovation du public et l’intérêt international, la presse ivoirienne resta silencieuse. Une absence révélatrice.
Le spectacle « On descend à la Rue Princesse » était à Limoges en septembre 2024, au Grand Théâtre.
Massidi Adiatou, chorégraphe ivoirien de talent, y avait offert un cabaret chorégraphique inspiré de la fameuse Rue Princesse d’Abidjan.
Le spectacle dépeint une vision futuriste d’un hyper maquis d’Abidjan en 2030. La fête y est totale et libérée.
Musique live, coupé-décalé, techno ivoirienne, électro puissante : tout y vibrait au rythme d’une nuit abidjanaise réinventée.
Les danses y étaient intenses, explosives, avec solos et mouvements collectifs rappelant les rues animées d’Abidjan.
Les costumes, dignes des zazous modernes, étaient avant-gardistes, extravagants et magnifiquement stylisés. Vibrant d’une énergie visuelle inédite.
L’ambiance était envoûtante, pleine d’audace, de sensualité, de liberté, comme si Abidjan explosait sur scène sans retenue.
Massidi Adiatou a créé une œuvre qui a littéralement fait entrer le coupé-décalé à l’Opéra de France.
À la fin du spectacle, le public fut invité à danser, rejoignant les artistes dans une transe joyeuse.
Ce moment a marqué les esprits à Limoges, festival considéré comme le plus important événement de danse en France.
Tous les programmateurs internationaux présents (Brésil, États-Unis, France) sont saisis l’intensité de cette mise en scène.
La pièce est une célébration de la jeunesse abidjanaise, de sa créativité, de sa force, projetée dans un futur vibrant.
Pourtant, malgré l’impact évident, aucun article de presse ivoirienne n’a évoqué cette performance avec la reconnaissance méritée.
Massidi Adiatou est un artiste d’exception, trop souvent oublié dans les grands récits culturels racontés hors d’Afrique.
Déjà en 2017, à Abidjan aux Jeux de la Francophonie, il finit troisième avec « Farro-Farro », joué plus de 67 fois dans le monde
La compagnie Soul City l’avait devancé, malgré une performance sans musique, uniquement portée par les sons de leurs corps.
Certains membres du jury avaient contesté ce résultat. Leur président, Tunisien, avait été éliminé danseur, vingt ans auparavant.
Ce président semblait régler des comptes passés. Privant Massidi Adiatou d’une reconnaissance légitimement méritée à ce moment-là.
Cette injustice a laissé une trace, un goût amer pour beaucoup, et un cri silencieux chez les passionnés de danse.
Aujourd’hui encore, Massidi continue de briller, d’innover, mais l’attention médiatique reste étonnamment discrète, presque absente, dans l’espace culturel ivoirien.
RFI a néanmoins classé Massidi Adiatou troisième parmi les 10 artistes qui ont marqué l’année culturelle 2024 en Europe.
Un tel classement devrait suffire à faire la une, et pourtant, le silence perdure autour de ce chorégraphe audacieux.
Massidi raconte Abidjan, il projette sa ville, sa jeunesse, son feu intérieur à travers chaque pas, chaque scène, chaque idée.
Son spectacle est une projection d’Abidjan dans le futur, un rêve dansé, une révolte joyeuse, un hymne à la liberté.
Il est temps de donner la lumière à ceux qu’on oublie, à ceux qui portent la culture au corps.
Ne pas le voir, c’est choisir de rester aveugle à une Afrique créative, contemporaine, et universellement inspirante.
AK
photo: POUVOIRS MAGAZINE
POUVOIRS MAGAZINE

