Le PDCI-RDA traverse une zone de fortes turbulences. Et tandis que la tempête secoue le navire, l’un de ses principaux capitaines reste introuvable :
Sylvestre Emmou, maire de Port-Bouët, ancien directeur de campagne de Tidjane Thiam, et désormais secrétaire exécutif en chef du parti. Il a choisi – ou subi – le silence, au moment même où la maison verte vacille.
Tidjane Thiam, son président, est dans l’œil du cyclone, attaqué sur tous les fronts, de l’intérieur comme de l’extérieur. Dans son propre camp, après les salves de critiques caustiques de Yapo, les potiches qui ont multiplié les plaintes au tribunal, il fait face à l’attaque désormais frontale de Jean-Louis Billon lui-même, qui réclame une nouvelle convention et déclare sa « candidature pour le compte du PDCI-RDA ».
À l’extérieur, le RHDP le cible comme rival à neutraliser. Même la justice semble se mettre en branle contre lui. Et dans ce maelström, celui qui devrait réorganiser, pacifier, incarner une nouvelle cohérence interne du parti, organiser la résistance contre les ennemis intérieurs en cas de besoin, reste étrangement absent et coi.
Un silence plus bruyant que mille discours
Nommé le 26 mars 2024 à la tête du secrétariat exécutif du PDCI, Emmou avait pourtant le profil du conciliateur. Fidèle lieutenant de Thiam, auréolé de sa victoire lors de la campagne interne, fort de sa jeunesse, il avait les cartes en main pour redonner de la cohésion à une formation fracturée par l’usure du temps, les cognées de l’histoire de ce pays et les appétits de pouvoir de ses cadres. Un an plus tard, le bilan est alarmant : aucune prise de parole forte, aucun positionnement politique audible, aucune tentative visible de tenir les rangs ni de mener une équipe vers un objectif déterminé. Pas de médiation conduite au cœur de la crise, aucune stratégie, aucune tactique, aucun résultat apparent. Juste un mutisme désarmant.
Le fantôme du secrétariat exécutif
Loin de l’aura d’un Laurent Dona Fologo, de l’autorité d’un Djédjé Mady le tribun ou même de la combativité d’un Guikahué, Sylvestre Emmou donne l’impression d’un secrétaire exécutif en mode veille. Pire : il ne donne aucun signe que cette situation, aussi préoccupante soit-elle, l’affecte. À l’inverse d’un Bredoumy Soumaïla, porte-parole du parti qui, sans mandat stratégique, s’exprime régulièrement, lui, Emmou reste muet comme une tombe.
Est-ce par calcul ? Par prudence ? Par couardise ? Ou par absence de vision ? Ce silence – complice ou contraint – est devenu plus éloquent que n’importe quel discours. Car, à ce stade de confusion, son inaction peut être perçue comme une forme de désengagement, voire d’abandon.
Un parti sans boussole ?
À cinq mois de la présidentielle, le PDCI n’a toujours pas de candidat éligible confirmé, son président est radié de la liste électorale, les ténors s’écharpent sur la ligne à tenir, et le principal stratège du chef reste muré dans le silence comme si, tétanisé par la peur, il était blotti dans un coin de la maison PDCI, qui menace de s’effondrer sur lui. Le contraste est saisissant et particulièrement préoccupant. Le parti d’Houphouët-Boigny, fort de son histoire, mérite mieux que ce spectacle aussi ahurissant que désolant.
Ce moment aurait pu être celui de Sylvestre Emmou : une voix de raison, un pilier d’organisation, un acteur central du sursaut. Il n’en est rien. Pour l’heure, sa nomination ressemble plus à un trophée honorifique qu’à une fonction opérationnelle. On attendait un homme de terrain, on a hérité d’une ombre.
La vraie question : à quoi sert il encore ?
Il ne suffit pas d’avoir dirigé la campagne du « petit-neveu de Houphouët » pour prétendre à un rôle historique. La loyauté personnelle ne remplace pas la responsabilité institutionnelle, encore moins la compétence, l’efficacité et la performance. Si Emmou ne peut ou ne veut assumer pleinement son rôle, il serait peut-être temps qu’il le dise. Ou qu’il s’efface. Ce serait au moins une sortie honorable, même la tête baissée.
Car le PDCI n’a plus ni le temps ni le luxe de la mollesse. Face à une présidentielle incertaine, à un leader affaibli et à une base déboussolée, il faut des figures debout. Présentes. Actives. Et audibles. En politique, l’inaction est parfois plus dangereuse que l’erreur. Et le silence, un aveu.
Alors, où est passé Sylvestre Emmou ?
Au cas où Emmou ne ferait pas le poids, c’est à Thiam que Tidjane devra s’en prendre.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
