Portrait posthume d’un homme de conviction, fidèle à Félix Houphouët-Boigny et figure historique du PDCI-RDA
Djédjé Mady soignait les hommes par la science — il était médecin — mais il guérissait aussi par les mots, ses propos et ses idées.
Il y a des hommes dont la disparition laisse un silence. Et puis il y a ceux dont la parole continue de résonner longtemps après qu’ils se sont tus. Alphonse Djédjé Mady appartenait à cette seconde catégorie. Le militant emblématique du PDCI-RDA, grand serviteur de l’État, aura traversé plusieurs décennies de l’histoire politique ivoirienne avec une constante : la fidélité à une certaine idée de la Côte d’Ivoire.
« Djédjé m’a dit ». Trois mots qui, aujourd’hui, prennent la valeur d’un testament. Car le raconter, ce n’est pas seulement aligner des dates, des fonctions et des titres. C’est surtout faire revivre une voix. Une voix qui parlait de politique sans renoncer aux valeurs, de pouvoir sans oublier le peuple, de désaccords sans transformer l’adversaire en ennemi.
Djédjé Mady avait une conviction chevillée au corps : son attachement au PDCI-RDA. En 2018, alors que circulaient des rumeurs sur son éventuel rapprochement avec le RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix), il avait répondu sans détour : « Je reste fidèle au PDCI-RDA. » Une phrase courte, presque sèche, incisive, mais qui disait tout.
Chez lui, la politique n’était pas une affaire de circonstance.
Elle relevait d’une histoire, d’une fidélité et d’une conception de l’engagement.
Cette fidélité puisait ses racines dans l’héritage de Félix Houphouët-Boigny. Pour lui, le père fondateur de la Côte d’Ivoire n’était pas seulement une figure historique. Il incarnait une méthode, une philosophie politique et surtout une recherche permanente de l’union. « Le premier mot de notre devise, c’est union », rappelait-il. Une formule qui prend une résonance particulière au moment où la Côte d’Ivoire a encore besoin de dialogue, de cohésion et de dépassement des rancœurs.
Mais Djédjé Mady n’était pas un homme qui confondait paix et silence. Sa conception de la politique était exigeante. « La politique, ce n’est pas mentir. La politique, c’est traiter les problèmes de la société du mieux qu’on peut. » Dans cette phrase se trouve peut-être l’une des meilleures clés pour comprendre l’homme. La politique, pour lui, devait être utile. Elle devait répondre aux préoccupations des citoyens et non devenir un simple théâtre de promesses.
Ce monsieur avait aussi une vision lucide de la réconciliation. « Fruit d’un effort permanent. » Là encore, les mots dépassaient le contexte dans lequel ils avaient été prononcés. Une société ne se réconcilie jamais une fois pour toutes. La paix se construit comme un bâtiment, se protège comme un livre précieux sous la pluie et se renouvelle comme chaque matin. Elle exige de chacun un effort.
C’est un cheminement et, parfois, il peut être long.
Dans les moments de tension, Djédjé Mady savait également rappeler les limites de la soumission politique : « Le PDCI dit qu’il veut la paix. Mais la paix ne veut pas dire qu’on se laisse priver de tous ses droits. » L’homme était ainsi : attaché à la paix, mais pas au prix de la renonciation aux principes.
Au sein de son parti, il appelait d’ailleurs à dépasser les querelles de générations parce qu’il savait que la transmission politique ne pouvait se faire dans l’affrontement entre anciens et jeunes. Elle ne survit que si elle sait transmettre son histoire tout en préparant son avenir.
Lorsqu’il annonça sa candidature à la présidence du PDCI-RDA en 2013, il défendait encore cette même philosophie : « Le débat ne devra jamais cesser d’être un débat d’idées. » Avec lui, le désaccord pouvait donc exister sans devenir une guerre. La confrontation devait permettre de rapprocher les points de vue et non de détruire les liens.
Sa disparition, ce dimanche 23 août 2026, laisse une question : que restera-t-il de sa parole ?
Peut-être cette phrase, prononcée en quelques mots que j’ai reçus comme une confidence, au creux de l’oreille, de sa propre voix. Une phrase simple, profonde, presque intime, qui résonne et résume sa pensée pour un pays qu’il aimait.
Djédjé m’a dit : « Nous avons un bien commun, c’est la Côte d’Ivoire. »
Une parole forte, en si peu de mots, à perpétuer. Parce que certaines phrases ne meurent pas avec ceux qui les prononcent. Elles deviennent un héritage à léguer, sans concession.
Djédjé Mady aura été un homme du PDCI-RDA, un compagnon d’Houphouët-Boigny, un militant, un médecin et un acteur de la vie publique. Maintenant qu’il s’est tu, c’est à nous de l’écouter encore et encore.
Et puis, après tout, le silence est une parole. Et dans le silence, on se souvient toujours de ces mots entendus un jour, qui marquent à jamais.
Coolbee Ouattara
POUVOIRS MAGAZINE

