La Côte d’Ivoire est en deuil. Jacques Samir Stenka, figure emblématique des arts plastiques ivoiriens, est décédé. Ce 24 novembre 2024 à l’âge de 79 ans.
Sa disparition survient dans un contexte particulièrement douloureux pour le monde de l’art ivoirien. Cet art qui a également perdu le sculpteur Djiré Mahé le 18 novembre et le peintre Monné Bou le 17 novembre. Ces trois artistes laissent un vide immense dans l’univers culturel de la Côte d’Ivoire.
Né à Bingerville le 3 novembre 1945, Jacques Samir Stenka s’est distingué dès sa jeunesse par sa passion pour les arts. Après ses études primaires et secondaires en Côte d’Ivoire, il part en France pour poursuivre sa formation à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il y obtient le Diplôme Supérieur des Arts Plastiques. Son talent ne passe pas inaperçu. En 1958, il remporte le concours des pays de la Communauté d’expression française. Sa carrière artistique prend véritablement son envol en Côte d’Ivoire.
Il devient un membre fondateur des groupes artistiques TRACE et ROOTS, avant de s’imposer comme l’une des figures majeures de l’art plastique africain.
Stenka a toujours su faire preuve d’une grande indépendance face aux influences de l’art occidental. Tout en étant formé dans une école européenne, il a développé un style unique profondément ancré dans la culture africaine. Il a célébré particulièrement la femme, symbole de la création et de la force de l’Afrique. Ses œuvres, souvent imprégnées de spiritualité, traitent de sujets tels que les origines de l’homme. Mais aussi l’énergie vitale et destructive, ainsi que l’importance de l’environnement.
Artiste prolifique, Jacques Samir Stenka a laissé derrière lui un patrimoine impressionnant de plus de 40 000 œuvres.
Témoignant de sa passion inébranlable pour la peinture. Même face à la maladie qui l’affectait ces dernières années, il n’a jamais cessé de peindre, consacrant sa vie à l’expression artistique et à la transmission de messages spirituels à travers ses toiles.
Son œuvre incarne la quête de l’âme humaine et la réflexion sur l’Afrique à travers des thèmes vastes. Ce sont par exemple la cosmologie, la nature, l’humanité et les forces invisibles de l’univers. Stenka n’a jamais cherché à se conformer aux canons esthétiques occidentaux.
Au contraire, il a été un artisan fidèle des vibrations cosmiques, un médium transmettant des messages venus de l’Au-delà. Ses créations, d’une grande richesse, ont souvent été imprégnées de la philosophie égyptienne antique, symbolisant la grandeur et la puissance créatrice du monde noir.
Le ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a exprimé sa profonde tristesse suite à la perte de ce grand artiste. Elle a souligné l’importance de son travail pour la culture ivoirienne et africaine. Le décès de Stenka représente une perte inestimable. Mais son héritage artistique continue de briller à travers ses œuvres, qui resteront un phare pour les générations futures.
Jacques Samir Stenka laisse un héritage vivant dans les galeries et dans les cœurs des ivoiriens. Ces derniers continueront à célébrer sa mémoire et à valoriser l’art qu’il a contribué à faire rayonner. Puisse sa terre être légère et son âme reposer en paix.
HARON LESLIE
photo: dr
POUVOIRS MAGAZINE
