De 8 élèves par enseignant dans certains systèmes à plus de 60 dans d’autres, les écarts révèlent une crise mondiale de recrutement, de formation et de fidélisation des enseignants.
À l’heure de la rentrée scolaire, une question mérite d’être posée : combien d’enseignants faut-il pour garantir à chaque enfant un accès réel à une éducation de qualité ?
Le ratio élèves-enseignant est une statistique souvent abstraite. Pourtant, derrière un chiffre se trouve une réalité très concrète. Huit élèves pour un enseignant ne produisent pas les mêmes conditions d’apprentissage que soixante élèves pour un enseignant.
Le Rapport mondial de l’UNESCO sur les enseignants estime que le monde aura besoin de 44 millions d’enseignants supplémentaires dans le primaire et le secondaire d’ici 2030.
L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule environ 15 millions de ces besoins. Le défi est donc mondial, mais son ampleur apparaît particulièrement forte dans les régions où la population scolaire progresse rapidement.
Selon l’UNESCO, répondre à ce déficit nécessiterait également des investissements considérables, notamment pour financer les salaires des nouveaux enseignants.
L’Europe : des écarts encore importants
Les données européennes montrent que tous les systèmes éducatifs ne disposent pas du même niveau d’encadrement.
Selon Eurostat, la Grèce affiche un ratio élèves-enseignant particulièrement faible, avec environ 8,4 élèves par enseignant, devant Malte, avec 8,8.
À l’autre extrémité, les Pays-Bas, la France et la Slovaquie présentent des ratios plus élevés, compris entre environ 14,7 et 16 élèves par enseignant.
Dans l’ensemble de l’Union européenne, le ratio est toutefois passé de 13,3 en 2013 à 12,2 en 2023.
Cette évolution traduit une amélioration du taux d’encadrement moyen, même si les écarts entre pays restent significatifs.
Public contre privé : un écart finalement limité
La comparaison entre établissements publics et privés apporte également un enseignement intéressant.
Dans les pays de l’OCDE, les classes du primaire comptent en moyenne 21 élèves dans le public contre 20 dans le privé.
L’écart existe donc, mais il demeure relativement faible.
Il convient surtout de ne pas confondre taille des classes et ratio élèves-enseignant. Ces deux indicateurs sont liés, mais ne mesurent pas exactement la même réalité.
Un système peut disposer d’un nombre relativement important d’enseignants tout en conservant des classes nombreuses, notamment lorsque certains enseignants exercent des fonctions spécialisées ou de soutien.
L’Afrique subsaharienne face à l’urgence
Pour les pays d’Afrique subsaharienne, le défi est particulièrement complexe.
Il faut non seulement recruter davantage, mais également former, rémunérer, accompagner et fidéliser les enseignants.
L’amélioration des salaires et des conditions de travail constitue un levier important. Mais elle ne suffit pas à elle seule.
La formation initiale et continue, l’accompagnement des enseignants débutants, la valorisation de la profession et leur participation aux décisions concernant l’école peuvent également contribuer à renforcer l’attractivité du métier.
Il faut surtout éviter de considérer l’enseignant comme une simple variable budgétaire. Derrière chaque poste créé se trouve un professionnel chargé d’accompagner plusieurs générations d’élèves.
Que retenir ?
La question des effectifs par classe ne se résume donc pas à la richesse d’un pays.
Elle dépend aussi de sa démographie scolaire, de ses choix budgétaires, de sa capacité à former des enseignants et surtout de son aptitude à les retenir dans la profession.
Le véritable défi pour 2030 sera donc double : recruter suffisamment d’enseignants et garantir qu’ils disposent des compétences, des conditions et du soutien nécessaires pour exercer durablement leur métier.
Pour l’Afrique subsaharienne, l’enjeu est encore plus décisif : accompagner la croissance démographique tout en évitant que celle-ci ne se traduise par des classes toujours plus nombreuses et des enseignants toujours plus sollicités.
Combler les 44 millions de postes manquants ne sera pas seulement une question de chiffres. Ce sera un choix d’investissement dans l’avenir.
Comme le rappelait Aristote : « Les racines de l’éducation sont amères, mais ses fruits sont doux. »
La question est désormais de savoir si le monde acceptera d’investir suffisamment dans ces racines pour permettre à chaque enfant d’en récolter les fruits.
Restons informés, gardons notre curiosité en éveil et suivons de près les systèmes éducatifs qui parviennent à transformer leurs investissements en progrès durables.
Camus BOMISSO,
POUVOIRS MAGAZINE

